Enlèvements parentaux d'enfants entre la France et l'Allemagne

2e rapport de la Commission parlementaire franco-allemande

2 Mai 2002

(voir aussi le rapport intermédiaire français de 2000 et le rapport allemand)

 

RAPPORT COMMUN DES PARLEMENTAIRES FRANCAIS ET ALLEMANDS DE LA COMMISSION DE MEDIATION

2 Mai 2002

Mme Pervenche BERES
Députée européenne

Mme Dynah DERYCKE (+)
Sénatrice

M. Pierre CARDO
Député

Mme DERYCKE décédée a été remplacée par
M. Xavier de VILLEPIN
Sénateur

Mme Evelyne GEBHARDT
Députée européenne

Mme Angelica SCHWALL-DÜREN
Député au Bndestag

M. Rolf STÖCKEL
Député au Bundestag

 

SOMMAIRE

I - Historique et chronologie

II - Méthode de travail et fonctionnement

III - Progrès réalisés dans les différentes procédures

IV - Propositions pour résoudre les conflits internationaux d'autorité parentale et de droit de visite

Conclusions

Annexes :

 

I. Historique et Chronologie

1. Le développement des relations personnelles entre les individus de nationalités différentes a notamment pour conséquence un accroissement du phénomène heureux des couples mixtes ayant des enfants, mais entraîne aussi des ruptures génératrices de conflits et une augmentation des litiges dans le domaine du droit international de la famille, en particulier lors des conflits portant sur l'autorité parentale et le droit de visite et d'hébergement transfrontaliers.

Les Conventions multilatérales dans ce domaine, spécialement la Convention de La Haye du 25 octobre 1980 sur les aspects civils de l'enlèvement international d'enfants ainsi que la Convention européenne du 20 mai 1980 sur la reconnaissance et l'exécution des décisions en matière de garde des enfants et le rétablissement de la garde des enfants, constituent des instruments juridiques efficaces.

La Convention de La Haye sur l'enlèvement d'enfants, en particulier, peut être considérée comme une des plus importantes conventions multilatérales pour la protection des enfants.

Elle pose le principe qu'une décision sur l'autorité parentale doit être prise au lieu de la résidence habituelle de l'enfant et qu'en cas de déplacement, l'enfant doit être retourné le plus vite possible.

Cependant, son application entraîne l'apparition de difficultés réelles dans certaines situations de fait. En effet, les contentieux d'autorité parentale et de droit de visite au sein des couples binationaux trouvent leur origine dans les difficultés personnelles entre les parents, aggravées par la présence d'un élément d'extranéité et malgré l'existence d'instruments juridiques de qualité, on constate la présence de situations d'échec, notamment au sein de l'Union européenne.

La constante progression du nombre des couples franco-allemands entraîne, en cas de rupture, des tensions et l'apparition de conflits d'autorité parentale compliqués par la coexistence de systèmes judiciaires différents. L'Allemagne et la France ont donc décidé d'assumer un rôle de pionniers au sein de l'Union européenne pour rechercher des solutions à ce type de conflits.

A l'occasion du sommet franco-allemand de Potsdam qui a eu lieu en décembre 1998, Madame la Pr. Dr. Herta Däubler-Gmelin, Ministre fédérale de la Justice, et Madame Élisabeth Guigou, Ministre de la Justice de la République, ont décidé la mise en place d'une médiation internationale pour essayer d'apaiser les conflits d'autorité parentale au sein de couples franco-allemands et rétablir des relations personnelles de l'enfant avec ses deux parents, comme prévu par la Convention de New York sur les droits de l'enfant et aujourd'hui, la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Les ministres ont estimé que les contentieux d'autorité parentale qui persistent par delà les décisions de justice pouvaient être résolus grâce à l'intervention de parlementaires des deux pays agissant en qualité de médiateurs.

Cette démarche est fondée sur l'idée que des personnes bénéficiant d'une grande autorité morale, pouvaient apporter une contribution essentielle pour parvenir, dans l'intérêt des enfants, à des accords acceptés par les deux parents, permettant soit de rendre inutile le recours à des décisions judiciaires soit d'appliquer celles déjà rendues.

Les médiateurs ont mission d'attirer l'attention des parents en litige sur l'intérêt de leurs enfants et ainsi de les inciter à participer à une médiation. Les ministres de la justice de la République fédérale d'Allemagne et de la République française ont donc décidé la création d'une Commission parlementaire bilatérale de médiation.

Après la constitution par le 14e Deutsche Bundestag de la Commission aux enfants (Kinderkommission), trois parlementaires ont été nommés par la Ministre fédérale de la Justice d'Allemagne pour assumer la tâche de médiateurs :

  • Madame Evelyne Gebhardt, députée européenne,
  • Monsieur Rolf Stöckel, membre du Bundestag,
  • Madame le Dr. Angelica Schwall-Düren, membre du Bundestag.

Madame Guigou, Garde des Sceaux, Ministre de la justice de la République française, a désigné en qualité de médiateurs :

  • Madame Pervenche Berès, députée européenne,
  • Madame Dinah Dericke, sénatrice,
  • Monsieur Pierre Cardo, député à l'Assemblée Nationale.

2. La Commission a tenu à Luxembourg en octobre 1999, sa réunion d'installation en marge du Conseil des ministres européens "Justice et affaires intérieures". Ensuite, la Commission s'est réunie à intervalles réguliers, et après sa confirmation par Madame Lebranchu, nommée ministre française de la Justice aux mois d'octobre 2000, d'autres réunions ont été organisées.

3. Les médiateurs français et allemands ont, chacun, rédigé et publié des rapports intermédiaires sur le travail effectué par la Commission.

Le 22 novembre 2000, les parlementaires français ont remis à Mme la Garde des Sceaux un rapport intermédiaire l'informant des activités de la Commission et contenant 22 propositions afin de faciliter le règlement des conflits d'autorité parentale au sein des couples binationaux.

Un rapport intermédiaire des parlementaires allemands a été présenté à Mme la Ministre fédérale de la Justice le 8 mars 2001. Il contient également une description des activités de la Commission ainsi que 11 propositions pour améliorer la coopération transfrontalière des administrations et des juridictions.

4. Les conflits d'autorité parentale et de droit de visite et d'hébergement apparaissent dans des constellations très diverses. Ainsi la Commission parlementaire de médiation a été saisie, à ce jour, dans quarante et un cas :

  • trente et un pères,
  • six mères et une grand-mère français
  • ainsi que par trois pères allemands.

Les exemples anonymes présentés dans les annexes 1 et 2 expliquent la nature des affaires retenues pour une procédure de médiation.

Il. Méthode de travail et fonctionnement

Les médiateurs ont pour tâche, lorsqu'il existe au sein des couples franco-allemands des conflits d'autorité parentale portant sur le droit de visite d'hébergement, d'œuvrer afin de rechercher une solution extrajudiciaire consensuelle dans l'intérêt des enfants communs.

A cet effet, il convient, dans chaque cas individuel, d'examiner d'une part si les deux parents acceptent l'engagement d'une procédure de médiation, d'autre part de déterminer quel type d'action correspond à la procédure de médiation souhaitée et présente des chances de succès.

Une forme possible de médiation, qui n'est cependant pas obligatoire, consiste en l'élaboration par les médiateurs, grâce à des entretiens avec les parents, de propositions concernant le droit de visite et de d'hébergement pouvant être acceptées par l'ensemble des intéressés. De la même manière, les médiateurs peuvent proposer des experts, notamment des psychologues, et ainsi permettre l'établissement d'un premier contact entre les parents en litige.

Dans les affaires de déplacement d'enfants, la médiation peut contribuer à faciliter l'application d'une décision judiciaire.

Sur le plan technique, les activités de médiation des membres de la Commission bénéficient du soutien des structures mises en place dans les Ministères de la Justice des deux pays. Elles sont chargées de l'étude juridique du dossier, de l'organisation des réunions des médiateurs, de la prise de contact avec les autres services et administrations appelés à participer à la médiation, ou de l'établissement de rapports entre les médiateurs et les experts.

La demande de mise en place d'une médiation dans l'intérêt des enfants adressée par un parent allemand ou français à la Commission de médiation ou au ministère de la justice d'un des deux pays, est tout d'abord portée à la connaissance de l'autre parent par les soins des médiateurs allemands ou français, qui lui adressent aussi une fiche de renseignements sur les activités de la Commission parlementaire franco-allemande de médiation et qui lui demandent son accord pour participer à la procédure de médiation sollicitée.

Si, dans les deux mois, le parent concerné n'a pas répondu à cette offre de médiation, les médiateurs lui adressent un deuxième courrier dans lequel ils renouvellent la proposition de mise en place d'une médiation.

Si les deux parents sont d'accord pour la mise en place d'une tentative de médiation et lorsque les éléments ont été étudiés en droit et en fait, le dossier fait l'objet d'une discussion au sein de la Commission qui délibère sur la suite à donner à l'affaire. La Commission désigne deux de ses membres (un parlementaire allemand et un parlementaire français) qui, au vu des faits de l'espèce, dégagent à travers des entretiens personnels menés, soit séparément avec chaque parent, soit conjointement avec les deux parents, et le cas échéant, en y adjoignant les enfants concernés, des informations de fond ainsi que la vision de chacun des deux parents sur l'objectif recherché et sur l'origine du conflit.

Ensuite, les parlementaires délégués présentent un rapport à la Commission sur le résultat de leurs entretiens et soumettent des propositions quant au modus operandi ultérieur. En cas d'accord donné par la Commission et les deux parents, les mesures proposées seront appliquées avec le soutien des structures des deux ministères de la justice.

III. Progrès réalisés dans les différentes Procédures

1. La Commission parlementaire franco-allemande de médiation a connu un succès certain auprès de parents qui s'efforcent, depuis parfois plusieurs années, d'avoir des relations personnelles avec leurs enfants vivant avec l'autre parent et dont les dossiers sont par nature les plus difficiles.

2. Au début de l'année 2000, lorsque la Commission a commencé ses travaux, elle a eu à connaître de six affaires dans lesquelles une médiation apparaissait la solution la plus adaptée. Ces dossiers concernaient essentiellement des procédures familiales engagées sur le fondement de la Convention de La Haye sur l'enlèvement d'enfants avec recours aux Autorités centrales des deux États.

Les propositions de médiation et les activités de la Commission rencontrent un écho de plus en plus important. Le nombre de parents saisissant la Commission augmente. Alors que les parents français ont fait usage, dès le début, de cette possibilité de solliciter une médiation, on constate que des parents allemands ont de plus en plus recours à cette procédure extrajudiciaire.

Il convient d'ailleurs de noter que la majorité des affaires ne concerne plus des cas trouvant leur origine dans une procédure de déplacement d'enfants en vertu de la Convention de La Haye sur l'enlèvement d'enfants, mais des conflits portant sur le droit de visite.

La Commission franco-allemande de médiation a été saisie de quarante et une demandes d'ouverture d'une procédure de médiation. Dans neuf affaires, la Commission soit, a pu organiser un droit de visite au profit du parent qui a sollicité l'ouverture de la procédure de médiation, soit est sur le point d'y parvenir. Dans quatre affaires, une telle démarche apparaît possible ; huit dossiers sont actuellement encore en cours d'instruction.

IV. Propositions pour résoudre les conflits internationaux d'autorité parentale et de droit de visite

La résolution des cas individuels constitue une partie importante de la tâche des médiateurs. Cependant, en leur qualité d'interlocuteurs des parents à la recherche d'une aide pour résoudre les conflits qui les opposent, les médiateurs ont acquis une connaissance de la diversité des situations issues des conflits binationaux d'autorité parentale et de droit de visite, et une grande connaissance de l'ensemble des problèmes qui apparaissent à la suite de la rupture des relations familiales binationales.

Les discussions portant sur les cas individuels au sein de la Commission parlementaire franco-allemande de médiation permettent d'aborder les situations familiales sous un angle binational. Les médiateurs profitent donc de ces expériences pour élaborer des recommandations visant à améliorer les pratiques administratives et judiciaires, et soulignent l'importance de pouvoir disposer d'une réelle médiation internationale familiale qui constituera une voie alternative pour résoudre les conflits familiaux internationaux de manière moins douloureuse et plus efficace.

Ils proposent les mesures suivantes pouvant permettre d'améliorer, dans le cadre des conventions internationales, la cohérence dans les actions judiciaires, administratives et de médiation engagées dans les deux pays.

  • Intensification de la formation continue : Cette intensification devrait concerner les magistrats, avocats mais aussi les autres autorités administratives, et notamment les Offices pour la Jeunesse qui interviennent dans les procédures fondées sur l'application de la Convention de la Haye et dans l'organisation et la mise en place des droits de visite et d'hébergement. En effet, la formation continue de l'ensemble des personnes intervenant dans le contentieux familial international concernant les enfants permettra une application optimale des conventions internationales existantes, des instruments juridiques européens et de la médiation familiale internationale.
    • - à cet égard, la formation continue, notamment des magistrats, ne doit pas se limiter à des questions juridiques du droit international et du droit de la famille des deux pays, mais aussi prendre en compte les possibilités de mise en place d'une procédure de médiation familiale internationale pour résoudre ces litiges.
    • - la formation continue devrait s'accompagner de l'enseignement approfondi d'une langue étrangère.

    - pour un vaste échange d'idées et d'expériences, cette formation continue devrait notamment prévoir des manifestions regroupant notamment des magistrats français et allemands, telles que les séminaires entre magistrats organisés en juin 2000 et octobre 2001 par la Conférence de La Haye de droit international privé.

  • Échange de magistrats, réseau informel et coopération renforcée : L'échange de magistrats ou de fonctionnaires de liaison, déjà mis en place dans les deux ministères de la justice et qui favorise une meilleure compréhension du système juridique de l'autre pays ainsi qu'une communication plus intense entre les ministères, est un succès. Une communication directe de nature semblable pourrait être étendue d'une manière plus large au niveau judiciaire en prévoyant l'échange entre juridictions des deux pays de magistrats ou de stagiaires pouvant participer à des audiences judiciaires.
  • Accélération du déroulement des procédures : Afin d'éviter que la reprise des contacts entre le parent bénéficiant du droit de visite et les enfants ne connaisse un retard pour des raisons administratives, il conviendrait d'accélérer le déroulement des procédures.A cet effet, des mesures ont déjà été prises en Allemagne : ainsi, l'Autorité centrale transmet dans un délai de sept jours une demande complète au tribunal compétent, et la tentative prévue de conciliation extrajudiciaire est effectuée parallèlement. En cas de recours à l'aide juridictionnelle, afin d'accélérer la procédure, la demande au fond est introduite en même temps que la demande d'aide juridictionnelle.
    La France procède également à l'examen de modalités pratiques de nature à permettre d'accélérer le déroulement des procédures dont elle est saisie.

    L'accélération de ces procédures exige que les Autorités centrales disposent d'un effectif en personnel suffisant.
  • Concentration des compétences : Une meilleure application des procédures menées sur le fondement de la Convention de La Haye sur l'enlèvement d'enfants et la Convention européenne sur le droit de garde requiert une concentration des compétences judiciaires.
    La concentration des compétences à 24 tribunaux cantonaux (Amtsgerichte) pour l'ensemble de la République Fédérale, entrée en vigueur en Allemagne le 1er juillet 1999, a permis une meilleure application de ces deux Conventions.
    En France, une réforme analogue prévoyant de concentrer les compétences au niveau d'un seul tribunal de grande instance dans le ressort de chaque Cour d'appel vient d'être adoptée par le Parlement (35 tribunaux de grande instance sont désormais compétents).


  • Information du public : Il est indispensable d'assurer une meilleure information du public sur le contenu des conventions internationales applicables en matière familiale, et de renseigner concrètement les parents sur les institutions et les personnes qui peuvent les assister pour les conseiller et les aider, afin de leur permettre d'agir rapidement et de la manière la plus efficace, en prévoyant :
    • - l'édition d'une brochure (bilingue) contenant des informations sur les principes du droit de la famille dans les deux pays, les procédures de mise en œuvre des conventions internationales et, en cas de conflit d'autorité parentale, les possibilités de protection juridique, les mesures de prévention, les voies de droit et la possibilité de recourir à la médiation familiale internationale.
    • - la création d'un site lnternet commun (page d'accueil) présentant le rôle et le fonctionnement de la Commission parlementaire franco-allemande de médiation et les conditions de mise en œuvre d'une procédure de médiation familiale internationale.
    • - la mise en place de services d'information et de consultation pouvant être contactés par des couples binationaux à tous les stades de la vie familiale, afin d'obtenir des informations sur le droit de la famille et le droit privé international et prévenir ainsi la naissance de conflits d'autorité parentale pour autant que cela est nécessaire, en l'état des possibilités d'information prévues par la décision du Conseil du 28 mars 2001 concernant l'établissement d'un réseau judiciaire en droit civil et commercial (JO L 174, 25)

  • Centres de contact : L'idée des centres de contacts, qui trouve son origine dans les pays anglo-saxons, repose sur le concept qu'il est nécessaire d'agir par principe à l'encontre d'une rupture entre les parents investis du droit de visite et les enfants.
    Cette action pourrait être menée à travers des rencontres, accompagnés d'experts, de parents et enfants, les "rencontres permettant une nouvelle reprise des relations personnelles".
    A cet effet, il conviendrait de prévoir l'organisation de rencontres accompagnées par un groupe interdisciplinaire et binational de médiateurs professionnels, travailleurs sociaux et interprètes qui se dérouleraient en un lieu proche de la résidence du parent chez lequel vit l'enfant. Ainsi, il y aurait un endroit où les deux cultures familiales auraient leur place et qui contribuerait à rassurer le parent chez lequel l'enfant a sa résidence.

  • Soutien professionnel à la médiation parlementaire : Les résultats obtenus par la Commission parlementaire franco-allemande permettent de constater que la médiation familiale internationale constitue un mode nouveau de règlement des conflits au sein des couples binationaux
    Elle est pragmatique et efficace et peut permettre de dédramatiser le caractère binational des contentieux d'autorité parentale très souvent semblables à ceux existant entre parents de la même nationalité dont la relation a échoué. En outre, la médiation internationale permet de dédramatiser les contentieux d'autorité parentale en ayant toujours comme motivation unique, l'intérêt de l'enfant qui est, sauf rare exception, celui d'entretenir des liens avec ses deux parents.
    Par conséquent, sans remettre en cause l'intérêt de l'intervention des parlementaires, une plus grande efficacité dans la gestion des litiges commande que, sous leur autorité, interviennent des médiateurs professionnels (travailleurs sociaux, juristes, éducateurs, psychologues, tous formés à la médiation familiale internationale) des deux pays et qui conduisent, compte-tenu du caractère binational du conflit, une médiation fondée sur les deux cultures familiales de l'enfant.

    En outre, il apparaît souhaitable, pour parvenir à apaiser pleinement le conflit parental, que la Commission, lorsqu'elle est saisie d'un conflit portant sur le droit de visite et d'hébergement, puisse étendre son champ de compétence à l'ensemble du contentieux, et notamment à celui de la fixation et du paiement de la pension alimentaire.

Les six parlementaires membres de cette Commission se sont énormément investis dans la résolution de ces litiges binationaux, mais ils se heurtent à une contrainte de temps, alors même que la Commission bénéficie dans l'opinion d'un préjugé favorable et est donc de plus en plus saisie. Il serait regrettable qu'une telle situation entraîne un retard dans le traitement des affaires individuelles.

Le succès de la Commission parlementaire franco-allemande de médiation auprès des parents victimes des deux pays démontre la nécessité de telles médiations, et il convient de poser la question de la mise en place d'un système de médiation professionnelle, sous l'autorité des parlementaires, qui rédigeraient un rapport annuel sur l'activité de la médiation familiale franco- allemande et constitueraient un organe de réflexion sur la médiation professionnelle internationale en matière familiale.

  • Extension de la médiation professionnelle dans les procédures relatives au droit de la famille : Il conviendrait de procéder dans les deux pays à un développement de la médiation professionnelle dans des procédures judiciaires relatives au droit de la famille. Les expériences faites jusqu'ici par les médiateurs indiquent qu'il est souhaitable d'engager une tentative de médiation le plus tôt possible, en particulier dans le cadre des contentieux portant sur le droit de visite et d'hébergement.
    En effet lorsque les deux parents ont obtenu des décisions judiciaires - et très souvent contradictoires - dans les deux pays, il est très difficile de leur faire admettre qu'ils doivent renoncer au bénéfice de celles-ci dans l'intérêt de leur enfant. En outre, souvent un parent n'est pas disposé à accepter les règles édictées par une juridiction, car il n'arrive pas à comprendre que celles-ci ont été prises dans le seul intérêt de l'enfant.

  • Élaboration d'un guide pratique pour l'application de la Convention de La Haye : Il convient de soutenir le projet de la Conférence de La Haye d'élaborer un guide pratique pour l'interprétation de la Convention de La Haye.
    Un tel guide, qui n'aurait aucun caractère obligatoire en raison de l'indépendance des juridictions, constituerait une aide utile et permettrait le développement d'une interprétation commune du texte de la Convention. Ce soutien pourrait se manifester par la mise à disposition du Secrétariat général de la Conférence de La Haye pour le droit international privé, par chacun des deux pays, d'un expert ayant mission de participer à la réflexion actuellement en cours.

  • Échange d'idées sur la notion d'"intérêt de l'enfant" : La notion d'"intérêt de l'enfant" est utilisée à plusieurs reprises dans les Conventions internationales sans pour autant faire l'objet d'une définition.
    Les États ayant adhéré aux Conventions ont, en partie, une conception différente de cette notion. L'institution d'un groupe de travail binational, composé de praticiens et d'universitaires chargés de l'analyse des différentes approches de cette notion dans les deux pays et d'une réflexion sur ce concept au regard de la Convention de La Haye et de la Charte Européenne des droits fondamentaux, apparaît indispensable.
    Un tel travail, qui n'aurait aucun caractère obligatoire pour les juridictions, constituerait une contribution à une meilleure compréhension mutuelle et serait le gage d'une meilleure cohérence dans les actions des systèmes judiciaires des deux pays. Il pourrait également constituer une base de discussion à l'occasion des séminaires bi et multinationaux, ainsi qu'un élément de la réflexion vers un rapprochement du droit de la famille des deux pays.

Conclusion

Face au développement des contentieux d'autorité parentale au sein des couples franco allemands, les autorités des deux pays ont su réagir efficacement en créant la Commission parlementaire franco-allemande qui, par le biais de son activité de médiation, a largement contribué à apaiser ces conflits douloureux, en facilitant la restauration du dialogue et en cherchant à décourager les réflexes nationaux qui engendrent trop souvent des situations de blocage définitif. Son intervention a eu pour effet de supprimer en partie l'obstacle qu'est l'élément d'extranéité et de ramener, dans la mesure du possible, le conflit d'autorité parentale au sein d'un couple binational à un problème de couple classique. Cependant, face aux blocages qui demeurent importants, le présent rapport avance quelques propositions innovantes pour essayer de traiter ces situations difficiles. Ce document renforcera le climat de confiance instauré grâce à l'action de la Commission, dans la mesure où il promeut le renforcement des liens franco-allemands pour régler ces conflits d'autorité parentale et pour lutter contre le phénomène des déplacements internationaux illicites d'enfants. En outre, il favorise l'émergence d'une approche binationale du traitement de ce contentieux familial international, avec notamment la volonté commune de mettre en place un système de médiation professionnelle au sein de la Commission parlementaire. Le couple franco-allemand, moteur de l'Union européenne, tend ainsi à promouvoir une démarche de médiation pour résoudre les conflits familiaux dans l'ensemble des États membres. Une telle initiative permettra de renforcer le caractère exemplaire de la relation franco-allemande.

Annexes :

1. EXEMPLES PRÉSENTES PAR LES PARLEMENTAIRES ALLEMANDS

Premier exemple (enlèvement) : En 1990, Daniela, ressortissante allemande, épouse Jean, ressortissant français. Les deux époux habitent en France, où Jean occupe une très bonne situation professionnelle. Daniela y trouve également un emploi. Après la naissance de leur fils en 1992, elle décide, en accord avec Jean, d'abandonner son emploi pour s'adonner à l'éducation de leur enfant. Par la suite, le couple connaît de plus de plus de problèmes incitant Daniela à quitter le foyer conjugal pour emménager dans un appartement situé dans la localité voisine.
Selon le droit de l'État de résidence, les parents disposent conjointement de l'autorité parentale, jusqu'à ce qu'une autre décision ne soit rendue (cette législation est applicable tout autant en Allemagne qu'en France).

Dans le cadre de la procédure de divorce pendante en France, Daniela fait part de son intention de retourner en Allemagne. Elle exige de Jean de donner son accord à une réglementation selon laquelle il renoncerait à l'exercice de l'autorité parentale moyennant la concession d'un généreux droit de visite et d'hébergement. Jean considère une telle exigence comme inadmissible et s'y refuse. A défaut d'un règlement à l'amiable sur l'autorité parentale et pour lui permettre de statuer, le tribunal ordonne la présentation d'un rapport d'expertise.
Au cours de l'expertise des intéressés, Daniela croit pouvoir constater que, déjà du fait de sa nationalité française, Jean est privilégié comme éducateur et seul détenteur de l'autorité parentale tout autant par le juge que par l'expert. Étant donné que Daniela et Jean se heurtent de plus en plus sur ce point et que la procédure relative à l'autorité parentale traîne, Daniela décide de prendre les choses en main.

Pendant que Jean est en déplacement pour raisons professionnelles, Daniela quitte la France et s'installe avec leur fils commun chez une amie en Allemagne. Sur sa demande, par la voie d'une ordonnance en référé, le tribunal allemand de la famille compétent ratione loci lui accorde, au bout d'une semaine, l'autorité parentale exclusive. Obligé de constater après son retour dans l'ancien foyer conjugal que Daniela a quitté son appartement et déménagé sans laisser d'adresse, Jean suppose qu'elle est partie en Allemagne avec leur fils commun.

Il saisit alors le tribunal d'une demande de retour de l'enfant en vertu des dispositions de la Convention de la Haye sur les aspects civils de l'enlèvement international d'enfants.

Quelques jours plus tard, le tribunal français clôture sa procédure relative à l'autorité parentale. Par sa décision il confère à Jean l'autorité parentale exclusive et accorde à Daniela un généreux droit de visite et d'hébergement.

La demande de retour de l'enfant formée par Jean en vertu de la Convention de la Haye est rejetée dix mois après son introduction au motif de l'intérêt de l'enfant. Étant donné que, par crainte d'un "enlèvement en retour " de l'enfant pouvant être mis en œuvre par Jean, Daniela voulait lui accorder un contact personnel avec l'enfant seulement dans une mesure très restreinte, Jean décida de passer à l'action.

Il profita d'une de ses visites en Allemagne pour guetter l'enfant devant l'école. Cependant sa tentative d'enlever l'enfant vers la France échoua du fait de la résistance que lui opposa l'enfant.

Deuxième exemple (droit de visite et d'hébergement) : Un potentiel de conflit supplémentaire résulte du fait que les parents s'adressent chaque fois aux juridictions de leur État d'origine aux fins de la réglementation de l'autorité parentale. Ces tribunaux prononcent alors des décisions divergentes sur l'autorité parentale et le droit de visite et d'hébergement. Tel a été par exemple le cas du petit Martin (âgé entre-temps de 8 ans) né hors mariage et dont le père est ressortissant français. La mère est ressortissante allemande. Après l'échec du couple, elle retourna en Allemagne il y a cinq ans en y ramenant l'enfant. Un tribunal allemand lui confia l'autorité parentale en accordant au père un droit de visite. A peine un an après le prononcé de la décision allemande portant sur l'autorité parentale, une juridiction française attribua au père, sur sa demande, l'autorité parentale exclusive en accordant à la mère un droit de visite. Les deux décisions se contredisent. Le tribunal allemand refusa la demande de reconnaissance et l'exequatur de la décision émanant du tribunal français et rejeta la demande du père. Un accord pris entre les parents portant sur un droit de visite et d'hébergement du père n'a pas pu être mis à exécution en raison de l'attitude de refus de la mère.

Troisième exemple (autorité parentale) : Un exemple semblable au niveau des effets produits concerne une autre procédure relative à l'autorité parentale pendante depuis maintenant quatre ans. Jean et Anita, âgés entre-temps de 7 et 5 ans, sont deux enfants issus d'un mariage mixte franco-allemand. Ils vivent en Allemagne avec leur mère depuis la séparation de leurs parents il y a cinq ans. Depuis, ils n'avaient presque plus aucun contact avec leur père, bien qu'une juridiction française ait attribué au père un droit de visite et d'hébergement. Certes, le tribunal allemand saisi en reconnaissance et exequatur de la décision française reconnut en principe la décision du tribunal français. A la suite des difficultés survenues lors d'un premier contact entre le père et les enfants, l'organisation dans les détails des contacts fut cependant réservée à une décision ultérieure après présentation d'un rapport d'expertise psychologique. Les contacts de visite provisoirement consentis au père ainsi que les contacts convenus au cours de la procédure échouèrent dans presque tous les cas du fait que la mère ne se rendit pas au rendez-vous. Seule l'annonce faite à la mère par le tribunal de lui retirer le droit de déterminer le séjour des enfants permit, en automne 2000, la réalisation de deux brefs contacts entre le père et les enfants. La réglementation judiciaire provisoire portant sur le droit de visite et d'hébergement prononcée par le tribunal fin 2000 a été attaquée par la mère au moyen d'un recours. La décision du tribunal saisi n'est pas encore intervenue.

2. EXEMPLES PRESENTES PAR LES PARLEMENTAIRES FRANÇAIS

Premier exemple (application de la Convention de La Haye en cas d'enlèvement) : Jean, ressortissant français, et Catherine, de nationalité allemande, se sont mariés, et deux enfants âgés maintenant de 14 ans et 11 ans sont issus de cette union. Catherine, au début de l'année 1997, a engagé une procédure de divorce devant le tribunal français, et celui ci a fixé chez elle la résidence des enfants et a accordé un au père un droit de visite et d'hébergement. Au bout de dix jours la mère a quitté la France avec les enfants pour s'installer en Allemagne où elle a engagé une nouvelle procédure de divorce. Le père a alors entamé une action sur le fondement de la Convention de La Haye devant les juridictions allemandes, mais, par un arrêt de 1998, la Cour d'appel, après avoir reconnu le caractère illicite du déplacement, a refusé le retour des enfants sur le fondement de l'article 13 b de la Convention, au motif que les enfants auraient déclaré qu'ils avaient peur de leur père, ce qu'il conteste en indiquant que lorsqu'ils étaient en France les enfants adoraient être avec lui. Jean a alors saisi l'Autorité centrale française pour demander au tribunal allemand de lui reconnaître un droit de visite afin de pouvoir maintenir des relations avec ses deux enfants. Par jugement rendu en 2001, le tribunal allemand lui a refusé tout droit de visite au motif que ses enfants auraient peur de lui et ne voudraient avoir aucune sorte de contact avec lui, y compris par lettre.

Deuxième exemple (autorité parentale et pension alimentaire) : Éric, de nationalité française, a épousé en France en 1989 Sabine, jeune allemande. Deux enfants, âgés maintenant de 12 ans et 10 ans sont nés du mariage. En 1995, les deux époux ont décidé de se séparer ; la mère est retournée en Allemagne avec l'accord de son mari et, en 1996, un tribunal français a prononcé le divorce sur requête conjointe en prévoyant, compte tenu de l'accord des parties, l'autorité parentale conjointe, la résidence des enfants chez leur mère en Allemagne et un droit de visite et d'hébergement au profit du père d'un week-end par mois, d'un mois l'été et d'une semaine l'hiver. Jusqu'au milieu de l'année 2000, Éric a pu avoir accès à ses enfants, mais, au mois de novembre 2000, la mère a saisi un tribunal allemand pour voir supprimer les relations entre le père et ses deux enfants. Le tribunal a alors supprimé tout contact du père avec un des enfants, a ordonné une expertise psychologique et a limité à des rencontres les fins de semaine les relations entre le père et l'autre enfant. Par jugement rendu en 2001, le tribunal allemand a décidé de supprimer toute rencontre entre Éric et son premier enfant pendant 2 ans au minimum afin notamment de protéger celui ci "de déception et d'éviter la destruction de toute relation entre l'enfant et son père" et a limité les contacts avec le deuxième enfant à quelques heures sous surveillance tous les deux mois pour prévenir un hypothétique enlèvement et pour répondre au souhait de l'enfant. Le tribunal français avait fixé, conformément à l'accord des parties, la contribution du père à l'entretien et à l'éducation des enfants, cette décision acceptée par la mère a été exécutée par le père. La mère a saisi, au début de l'année 2001, un tribunal allemand pour voir modifier le montant de cette pension et le tribunal saisi a fait droit à sa demande en indiquant que les circonstances sur lesquelles étaient fondées le jugement du tribunal français "ont subi des modifications substantielles car les demandeurs vivent maintenant en République fédérale d'Allemagne".

Troisième exemple (organisation du droit de visite) : Didier, français, et Jutta, de nationalité allemande, ont eu une liaison et une fille est née en 1994. Didier a demandé à bénéficier d'un droit de visite qui lui a été refusé par la mère de l'enfant ; il a saisi un premier tribunal de la famille allemand qui lui a accordé un droit de visite bimensuelle, supprimé sur appel du jugement. Didier a engagé en 1999 une nouvelle procédure devant une autre juridiction, la mère ayant entre temps déménagé. Par jugement rendu en 2001, le tribunal lui a accordé un droit de visite mensuelle de 2 à 3 heures sous surveillance ; la mère a fait appel de ce jugement et l'Office de la jeunesse compétent n'a pas jusqu'à ce jour organisé les rencontres ordonnées par le tribunal en raison de l'opposition de Jutta.

3. PROPOSITIONS DES PARLEMENTAIRES FRANÇAIS MEMBRES DE LA COMMISSION PARLEMENTAIRE FRANCO-ALLEMANDE DE MÉDIATION POUR ESSAYER RÉSOUDRE DE MANIÈRE PLUS EFFICACE ET MOINS DOULOUREUSE LES CONFLITS FAMILIAUX AU SEIN DES COUPLES BINATIONAUX

- CRÉATION D'UNE MISSION INTERMINISTÉRIELLE POUR LA PRÉVENTION ET LE RÈGLEMENT DES CONFLITS FAMILIAUX INTERNATIONAUX.

La commission, loin de toute réflexion d'ordre philosophique, souhaite l'adoption d'un ensemble de mesures pratiques destinées à dédramatiser de manière pragmatique mais efficace les contentieux d'autorité parentale au sein des couples binationaux, en ayant toujours pour première motivation l'intérêt de l'enfant. Une réponse forte a déjà été apportée par Mme la Ministre de la justice par la création de la Mission d'aide à la médiation internationale pour les familles. Cette structure constitue une avancée importante de nature à permettre, par l'émergence d'une approche commune et l'instauration d'un climat de confiance, une solution plus rapide et plus humaine de certains de ces litiges familiaux. Cependant, la complexité du plus grand nombre de ces affaires qui associent la disparité des droits nationaux, les ressentiments entre les couples, les délits pénaux commis par certains des parents dans le conflit qui les oppose, la nécessaire prise en compte, avec un grand nombre de pays, de considérations diplomatiques exigent que soit reconnue à la structure mise en place pour promouvoir la médiation internationale, une autorité à l'égard des intervenants étrangers qui ne pourra être réelle que si cette dernière a un caractère interministériel.

- RÉFLEXION SUR LA PROCÉDURE D'INTERDICTION DE SORTIE DU TERRITOIRE.

Il résulte des accords de Schengen du 14 juin 1985 une suppression des contrôles aux frontières intérieures de la Communauté européenne devenue l'Union européenne. Dès lors, au sein de l'espace Schengen, le principe de liberté de circulation des personnes est clairement affirmé et les contrôles sont reportés aux frontières extérieures. Une renégociation de Schengen est à exclure. Cependant, pour éviter qu'un parent procède à un déplacement illicite de son enfant au sein de l'Union sans être inquiété, une réflexion devrait être conduite sur la possibilité et l'opportunité de mettre en place un contrôle spécifique aux déplacements des mineurs, éventuellement de moins de 13 ans, au sein de l'Union européenne.

- ÉLABORATION D'UN DROIT DE LA FAMILLE EUROPÉEN OPTIONNEL.

Au sein de l'Union européenne, l'unification économique, l'existence d'une culture démocratique commune, l'émergence d'une citoyenneté européenne, et, au niveau des relations personnelles, le rapprochement des individus appartenant à des nationalités différentes, constituent un ensemble de facteurs permettant de favoriser l'émergence d'une uniformisation progressive d'une partie du droit de la famille. Il s'agit d'envisager de créer l'embryon d'un droit de la famille européen relatif à l'attribution et à l'exercice de l'autorité parentale. En effet, tout en respectant la souveraineté des États quant à la détermination des règles d'organisation de la cellule familiale, qui représente un des fondements essentiels de nos sociétés, on peut penser qu'une évolution non contraignante vers une notion européenne de la famille constituerait une avancée très positive. Les parlementaires français membres de la Commission, soucieux de supprimer, dans l'intérêt de l'enfant, les causes des conflits d'autorité parentale au sein des couples binationaux européens mais également de promouvoir dans l'Union la notion de co-parentalité, estiment que l'on devrait engager une réflexion visant à élaborer une législation européenne relative à l'attribution et à l'exercice de l'autorité parentale. Cette législation pourrait dans une première période ne pas être automatiquement applicable, mais les couples binationaux souhaitant soumettre l'attribution et l'exercice de l'autorité parentale à l'égard de leurs enfants à cette norme nouvelle pourraient le faire par une simple déclaration, soit lors de leur mariage, soit lors de la naissance de leur premier enfant.

- CRÉATION D'UNE JURIDICTION ARBITRALE EUROPÉENNE.

L'absence d'un espace judiciaire européen, qui a parfois pour conséquence le prononcé de décisions judiciaires contradictoires dans deux pays de l'Union européenne en matière familiale, peut aboutir à des situations de blocage, et risque de ternir l'image de l'Union aux yeux de ses citoyens. Il apparaît donc nécessaire de recourir à une juridiction arbitrale européenne pour résoudre les conflits de droits de la famille nationaux et notamment ceux naissant à l'occasion de l'attribution et de l'exercice de l'autorité parentale au sein de couples binationaux. Cette juridiction pourrait intervenir dès lors que deux décisions définitives contradictoires, relatives au droit de visite ou à la garde parentale, ont été rendues par les tribunaux des États concernés et entraînent des situations de blocage définitif. Cette instance arbitrale jouerait alors un rôle de tiers départiteur en tentant de dénouer ce conflit, et elle trancherait le différend opposant les parties en tenant compte du seul intérêt de l'enfant. Elle pourrait également être saisie en cas de blocage dans l'application d'une décision de justice d'un État membre dans un autre État membre. La création d'une telle instance arbitrale, source d'une jurisprudence européenne, aurait pour conséquence de contribuer au renforcement de "l'espace de droit commun", et plus largement de "l'unité de l'Europe".

- ADOPTION DE RÈGLEMENTS COMMUNAUTAIRES RELATIFS AU CONTENTIEUX FAMILIAL.

Les parlementaires français membres de la Commission parlementaire franco-allemande de médiation considèrent comme absolument nécessaire que, dans l'esprit du Conseil de Tampere, soient adoptés dans les délais les plus courts les textes européens actuellement en cours d'examen en matière de compétence internationale, de reconnaissance et d'exécution directe des décisions relatives à l'autorité parentale et au droit de visite. Annexe 4

4. TRAVAUX DE LA COMMISSION PARLEMENTAIRE FRANCE-ALLEMANDE DE MEDIATION

- Réunion du 29 octobre 1999 à Luxembourg.
- Réunion du 3 décembre 2000 à Bruxelles.
- Réunion du 18 février 2000 à Berlin.
- Réunion du 17 mars 2000 à Paris.
- Réunion du 2 mai 2000 à Bruxelles.
- Réunion du 31 mai 2000 à Berlin.
- Remise le 22 novembre 2000 par les parlementaires français à Madame la Garde des Sceaux du rapport intermédiaire français.
- Réunion du 27 novembre 2000 à Paris.
- Réunion du 2 février 2001 à Berlin.
- Remise le 8 mars 2001 par les parlementaires allemands à Madame la Ministre fédérale de la Justice du rapport intermédiaire allemand.
- Réunion du 30 mars à Berlin.
- Réunion du 27 avril 2001 à Paris.
- Réunion du 7 juin 2001 à Paris.
- Réunion du 24 septembre 2001 à Berlin.
- Réunion du 13 février 2002 à Paris.

5. LES PROPOSITIONS DE LA COMMISSION PARLEMENTAIRE FRANCO-ALLEMANDE DE MÉDIATION

- Intensification de la formation continue des magistrats, avocats et services de la jeunesse.

- Échange de magistrats, création de réseaux informels et coopération renforcée.

- Accélération du déroulement des procédures.

- Réduction du nombre des juridictions compétentes pour les conflits familiaux internationaux.

- Développement de l'information du public.

- Création de centres de contact parents-enfants.

- Soutien professionnel à la médiation parlementaire.

- Extension de la médiation professionnelle dans les procédures relatives au droit de la famille.

- Élaboration d'un guide pratique pour l'application de la Convention de La Haye.

- Réflexion sur la notion d'intérêt de l'enfant.