Interventions en Séance

Article 25 du

Projet de loi relatif à

La Solidarité et au Renouvellement Urbain


Intervention en 1ère lecture - 15 mars 2000

Intervention en 2e lecture - 9 mars 2000 - Quota de 20% de logements sociaux

Voir aussi

Intervention en 2e lecture

Mots clés

Article 25 - 1ère lecture

Ces divers sous-amendements contiennent des choses intéressantes. Je crains, hélas ! que nous ne puissions régler ce problème en première lecture, du fait de sa complexité.

Si je m'en réfère à la situation de ma propre commune, qui compte 80 % de logements sociaux - ce qui a tendance à inciter les communes alentour à se mettre ensemble sans moi -...

M. le ministre délégué à la ville. Et voilà !

... je pourrais peut-être disposer soudain d'une sorte d'attraction, ce " capital social ", que constitue cette part massive de logement social, pourrait finalement intéresser mes voisins, qui, s'ils m'acceptaient, se verraient peut-être dispensés de construire des logements sociaux chez eux.

M. Francis Delattre. Enfin un " plus " !

Mais une question se pose toutefois : si je m'intègre, un temps, dans cette communauté de communes en question, en quoi la politique globale qu'elle mènera m'aidera à régler mes propres problèmes ?

A l'inverse, un point intéressant a été soulevé, qui met en avant l'intérêt de la communauté de communes et le souci de cohérence. De nombreux élus se sont opposés à certains aspects de ce texte en mettant en avant leurs difficultés, voire leur impossibilité à construire ce que la loi leur imposera. Ils se verront alors mis à l'amende alors qu'ils se trouveront dans l'impossibilité matérielle de réaliser le pourcentage de logement social imposé.

Dès lors, pourquoi ne pas prévoir, par le biais d'un autre sous-amendement, dès lors que cette impossibilité matérielle pour une seule commune est effectivement prouvée - c'est facile -, d'apprécier la réalisation des objectifs fixés par la loi à l'échelle de la communauté de communes et non plus au plan strictement local ?

Cet aspect des choses mériterait d'être approfondi : dès lors qu'une commune ne peut pas, tout simplement parce que ce n'est pas possible, on étendrait le raisonnement à la communauté de communes - sous réserve évidemment de l'accord des autres partenaires, puis du représentant de l'Etat dans le département. Il y aurait certainement là quelque chose à piocher, qui n'a pas été envisagé dans le texte. Vous parliez de cohérence, voilà une occasion d'être cohérent.

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Art. 25 - 2e lecture

Je dirai tout d'abord, pour revenir sur un certain nombre d'idées reçues, que des élus de l'opposition sont plutôt favorables à l'esprit de ce texte, même s'ils expriment certaines réserves, s'ils attendent certains aménagements, Je maintiens cette position.

Nous sommes un certain nombre à gérer des grands ensembles : dans ma commune, il y a 80 % de logements sociaux, avec un potentiel fiscal moyen non pas de 5000 francs, mais de 2000 francs, ce qui laisse apparaître la pauvreté de la population. Là on peut vraiment parler de logement social; on ne se pose pas la question de savoir s'ils entrent dans la définition.

L'article25 prévoit 20% de logements sociaux pourquoi pas ? Mais il faudra veiller à ne pas trop élargir le champ du logement social, sans quoi toutes les constructions y entreraient. Chacun se souvient de l'efficacité de la loi d'orientation sur la ville ... Finalement, tout le monde se dispensera d'appliquer la loi, à droite comme à gauche.

Car entendons nous bien : on raisonne ainsi des deux côtés. Pour se protéger, on est prêt à tout faire, tout en tenant bien évidemment le discours de la mixité sociale, que je qualifie alors d'incantatoire - qu'il émane du Gouvernement ou des bancs de cette assemblée.

On sait que les ghettos, ce n'est pas bien; on s'en sent responsable. Alors quand on les gère, c'est encore mieux. Mais comment mieux répartir les gens si ce n'est en les sortant des ghettos pour les mettre ailleurs ? Et la difficulté, c'est ailleurs, quand on est le maire d'ailleurs.

Face à toutes ces contradictions , il faut apporter plusieurs précisions.

L'article 25 m'inquiète compte tenu de la non-réussite des politiques de la Ville, jusqu'à présent, même si beaucoup d'efforts ont été déployés, et on peut espérer qu'il y en aura d'autres. Quel effet aura l'image négative de nos quartiers ?

Quand nous avons voulu démocratiser l'accession à la propriété, nous avons assisté à un premier effet d'écrémage, dans nos quartiers, qui a contribué à la première couche de paupérisation. . Ma commune a une certaine image et les gens ont du mal à y vivre au quotidien. Si l'on crée, dans les communes périphériques très résidentielles, plutôt haut de gamme, des petits ensembles de logements sociaux parfaitement: adaptés, avec de chouettes équipements publics, tous les citoyens de ma commune qui sont sur la voie de l'ascension sociale et qui supportent mal le quotidien y fileront immédiatement; j'aurai droit à la deuxième couche de paupérisation, et je ne serai pas le seul.

Cela m'inquiète un peu, d'autant que la notion d'itinéraire résidentiel n'est pas clairement définie dans ce projet de loi, même si on la retrouve dans d'autres textes. Si nous voulons éviter cet effet de fuite, nous devons définir clairement, dans Ies grands ensembles existants, grâce à la restructuration urbaine, la façon dont nous allons faire en sorte de garder les gens chez nous pour qu'ils ne s'évadent pas vers le nouveau logement social. II faut leur proposer le logement adapté, !'habitat qui va leur permettre de se maintenir dans le tissu social de la commune .et de participer avec nous à son encadrement et à son lien social.

S'agissant des 20%, le taux sera toujours contesté, il y aura discussion, nous le savons. Mais vous avez négligez un aspect important, et cela m'étonne. Certes, ce qui a provoqué des difficultés, ç'est le chômage, les difficultés économiques des familles, éventuellement des difficultés culturelles.

Mais où est le vrai problème? Quel est le est le phénomène qui met nos quartiers en difficultés ? C'est la concentration des familles nombreuses. Et en quoi le taux de 20 % règIe-t-iI le problème de façon cohérente ? Si je suis maire d'une ville qui respecte pas la loi, et donc le taux de 20 %, mais qui n'a pas envie de récupérer des profils un peu trop difficiles, qu'est-ce que je fais ?

Eh bien, je construis 20 % de logements sociaux de type studio ou F2. Ainsi. j'évacue le problème, et celui-ci restera toujours concentré dans les grands ensembles actuels. Il n'y a de place pour personne dans ces conditions. Le problème n'est pas négligeable; Si vous ne le réglez pas, vous ne règlerez pas le problème de la mixité sociale. Car vous savez très bien que, lorsque quatorze personnes habitent dans un F4, on peut difficilement considérer que la vie est normale dans leur environnement, surtout quand une famille sur deux est dans les cages d'escalier.