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L'ouverture de la
session parlementaire nous amène, par le texte de Madame Aubry,
à débattre du problème de l'emploi et donc du chômage. Ce sujet
est extrêmement préoccupant pour ceux qui le subissent tous les
jours, a savoir les chômeurs.
Il a aussi été la
préoccupation des différents gouvernements qui se sont succédés
depuis 20 ans, sans y voir apparemment apporté une réponse sinon
convaincante du moins efficace. C'est vous le savez un sujet qui
me passionne depuis que j'ai décidé de militer dans les domaines
associatifs et politiques et sur lequel j'ai exprimé depuis longtemps
des convictions très claires.
Comme à vous, et
je vous cite, il m'est de plus en plus insupportable de ne pouvoir
apporter de réponses aux gens que je rencontre, qui attendent un
emploi et désespèrent de la société.
C'est aussi un sujet
que l'UDF entend aborder avec sa sensibilité libérale et sociale
dans le cadre du débat qui a commencé et à la lumière des expériences
déjà engagées par nombre d'acteurs sur le terrain. Vous
nous avez soumis un texte Madame le Ministre qui se propose de développer
des activités pour l'emploi des jeunes. Sur l'intention je crois
que personne ne peut se permettre de faire un procès
Vous tentez de
répondre à un besoin pour notre jeunesse qui, non satisfait, génère
angoisse tension, voire désespoir, donc violence, chez ceux
qui demain auront en charge notre société. Je sais combien
vous vous êtes intéressé à cette problématique et je ne doute pas
que vous ayez la volonté farouche de faire avancer les choses.
Toutefois, à la
lecture du texte et après avoir travaillé dessus en commission d'une
façon fort intéressante et parfois constructive, notamment avec
son rapporteur, il apparaît que ce projet
soulève un certain nombre de questions et de problèmes
que les amendements adoptés ou non n'ont pu évacuer.
Je vais tenter de
les exprimer dans mon exposé sans prétendre être exhaustif.
Tout
d'abord sur la nature des emplois
proposés.
Le texte fait allusion
aux emplois présentant un caractère d'utilité
sociale et répondant à des besoins non satisfaits ou émergeants.
Utilité sociale cela signifie que, face à un besoin du public, je
crée une réponse donc un emploi censé y répondre. Cela signifie
aussi que je n'ai donc de marché ou de client identifié. Il s'agit
d'une notion de service public.
Or le rapporteur
a lui-même proposé d'ouvrir ces emplois
partiellement aux associations de service aux personnes,
donc à des associations qui travaillent sur un marché, avec des
clients. Nous ne sommes donc plus, complètement, dans l'utilité
sociale. Cette même possibilité que certains commissaires ont demandée
au bénéfice des entreprises d'insertion agréées a, par contre, été
refusée par les mêmes.
Là se pose un problème
de fond soulevé mais mal tranché par la commission de
l'avis des commissaires de l'UDF qui l'ont abordé. D'autant
que, ayant enquêté sur le terrain, je me suis rendu compte que les
régies de quartier, pour lesquelles j'ai la plus grande estime,
auraient reçu des engagements pour pouvoir bénéficier des emplois
AUBRY.
Je
m'interroge donc pour savoir si cela correspond à une philosophie
-et j'aimerais bien comprendre laquelle- ou si cela correspond à
une volonté de satisfaire seulement certains types de structures
d'insertion. En commission, nous avons fait remarquer que pour
les associations d'aide aux personnes, on était en train de marcher
sur un secteur " socio-économique ". Il nous a été répondu qu'il
s'agissait essentiellement de postes relevant de l'administration
et de la gestion de la structure. Sans faire de commentaire sur
cette réponse, au cours du débat sur les entreprises d'insertion,
l'hésitation était manifeste pour savoir si oui ou non on donnait
des emplois AUBRY à ces structures. On ne voulait manifestement
pas attaquer le socio-économique.
Eventuellement il
aurait pu être envisagé de donner ces emplois pour la gestion et
l'administration des entreprises d'insertion.
Ceux qui connaissent bien le fonctionnement des entreprises d'insertion
sur le terrain -et je ne doute pas que votre expérience locale a
dû vous sensibiliser à cette problématique- savent combien d'entre
elles meurent régulièrement faute de financements suffisants.
On doit se demander
si ce n'est pas plutôt sur des contrats
à 5 ans par le biais des emplois AUBRY qu'il faudrait placer le
personnel en phase de réinsertion dans ces structures
et réserver les 36.000 francs environ qui sont donnés actuellement
par poste d'insertion, plutôt pour l'administration et la gestion,
afin d'équilibrer les comptes de structures qui, d'ordinaire, prennent
des gens peu employables pour les remettre sur le marché
du travail.
Cette mesure, par
la durée de 5 ans, donnerait en plus une stabilité à l'action des
entreprises d'insertion dans leur démarche
qui reste aujourd'hui handicapée parce qu'elles ne peuvent garder
les personnels qu'elles emploient pour une durée supérieure à 2
ans.
Je crois que ce
serait cela la logique. J'avais l'impression que nous avions en
face de nous en commission, des gens qui comprenaient bien certains
types de problèmes mais ne devaient pas toujours bien prendre en
compte la problématique des structures auxquelles on s'adresse.
Pour le débat que
nous avons aujourd'hui cela me paraît une question d'importance
qu'il vaudrait mieux approfondir avant que nous ne votions cette
loi. Sinon nous allons déclencher sur ce secteur, à cheval entre
l'économique et le social, des traitements différentiels et venir
perturber le fragile équilibre de l'ensemble des structures que
nous avons eu tant de mal à faire vivre jusqu'à présent.
Madame la Ministre,
vous ne me démentirez par sur ce point car vous venez d'écrire dans
la Lettre de l'Insertion : " Je crois
possible et souhaitable une simplification tant des mécanismes d'intervention
de l'Etat que des statuts des structures et des personnes en insertion
qui y sont salariées et qu'elles accompagnent vers l'emploi et l'acquisition
d'une autonomie sociale ".
Je
m'arrêterai là sur ce sujet pour ce soir et j'en viens au 2e
problème de fond soulevé par ce texte.
Il ouvre
des emplois aux jeunes et rien qu'aux jeunes, comme
son titre l'indique, excluant les adultes du bénéfice de cette loi
mais l'ouvrant largement aux jeunes
diplômés.
Je comprends que
le gouvernement veuille aller vite sur le thème du chômage qui ronge
notre société. Mais devait-il pour autant, y répondre par un développement
d'activités pour les jeunes ? ou plus largement par un plan global
de lutte contre le chômage et l'exclusion ?, comme le préconisait
ce matin même le Président du Conseil
National de Lutte contre l'exclusion, notre collègue Robert
GALLEY.
Dans un pays où
les tensions sont fortes entre les générations, entre
les diplômés et ceux qui n'ont rien, n'était-il pas plus judicieux
d'avoir plus d'ambition ?
Sur cette question
pas de réponse. Le projet de loi de cohésion sociale, déjà
largement avancé sur son volet emploi, aurait pu permettre ajouté
au vôtre un peu amendé, d'avoir une mesure
unique jeunes et adultes répondant pleinement aux besoins non satisfaits
de la société et luttant efficacement contre le chômage.
Cela aurait aussi permis d'assurer une meilleure cohérence des mesures
les unes par rapport aux autres.
Je pense par exemple
aux CES qui pour les jeunes pourront devenir des emplois à plein
temps par le biais des emplois AUBRY, mais pas pour les chômeurs
de longue durée adultes. Je pense à l'amendement déposé par
le rapporteur sur l'aide à la création d'entreprises qui sera possible
jusqu'à 30 ans mais pas au-delà. J'ai déploré en commission que
ces problèmes ne soient abordés une nouvelle fois qu'en terme de
dispositifs partiels en direction de certains publics et ne
fassent pas l'objet d'une approche globale comme celle du projet
de loi de cohésion sociale présenté lors de la précédente législature.
Peut-on
imaginer à une époque ou l'on souhaite que les adultes soient
renforcés dans leur rôle et particulièrement celui de parents
qu'il n'y ait pas le même effort réalisé pour eux afin qu'ils
aient une place reconnue par un emploi.
Peut-on
voter un texte aussi important mais aussi partiel sans s'interroger
sur les conséquences qu'il aura sur les comportements ?
Vous l'avez écrit
vous-même dans votre dernier ouvrage : "
Que peuvent devenir ces enfants de familles où personne ne travaille,
quelquefois depuis 2 ou 3 générations ? Ils manquent des repères
nécessaires à leur structuration ".
Je caricaturerai
ma crainte à cet égard par l'image suivante.
Quand
j'étais jeune je demandais chaque semaine de l'argent de poche
à mon père, demain dans nos quartiers ce seront les pères et les
mères qui en demanderont à leurs enfants.
Mais
cela n'est pas tout et j'en arrive au 3e problème.
Ce projet qui ouvre
des activités nouvelles dans le secteur non - marchand ne limite
pas la qualification de ceux qui y sont recrutés.
Si l'on s'en réfère
aux différents rapports et particulièrement à celui du Conseil
National de Lutte contre l'Exclusion et la Pauvreté, la
plupart des dispositifs qui ont été censé apporter des réponses
aux populations en difficultés, privées d'emploi, n'ont pas atteint
leur objectif pour une raison précise.
Faute
d'avoir -et c'est le cas des CES- ciblé précisément les populations
les plus en difficulté, elles ont surtout concerné les populations
les plus employables.
Effet d'écrémage
des employeurs d'un côté, mesures précaires inadaptées aux populations
en précarité de l'autre. La solution proposée par votre projet est
beaucoup moins précaire et c'est un grand pas vers la solution.
Mais elle touchera les plus qualifiés puisque
pour le même prix on peut recruter aussi bien un Bac + 5 qu'un Bac
- 5.
" 70
000 jeunes, je vous cite, sortent chaque année du dispositif scolaire
sans aucun diplôme " et je rajoute que près de 50%
des jeunes au chômage sont sans qualification. C'est
donc sur eux que devrait porter la priorité de l'action engagée.
Or rien dans le texte ne l'impose.
Il n'y a pas eu
de réponse convaincante en commission à cette question pour l'UDF.
Et c'est pourtant un problème de fond qui mérite qu'on s'y arrête
un peu et qu'on en débatte vraiment. Sinon,
une fois de plus, à l'espoir répandu auprès de tous les jeunes par
votre plan, suivra pour ceux qui n'ont pas de qualification, la
certitude qu'ils sont laissés pour compte.
J'aborderai
maintenant - et ce sera ma 4e observation - un problème qui se pose
sur le terrain pour les employeurs. Les associations qui représentent
les maires des différentes communes, après débat avec le Ministre,
ont préféré que le taux unique de 80%
soit la réponse à apporter avec ce dispositif.
Personnellement
je comprends qu'on veuille se simplifier la vie parce qu'il faut
faire vite. Cependant que va-t-il se passer sur le terrain si le
dispositif initial est mis en œuvre ?
D'un côté, nous
avons des villes riches qui
n'ont pas trop de chômeurs et pas trop de besoins non satisfaits,
dont les chômeurs sont plutôt qualifiés et qui ont des ressources
(4000, 5000, 6000 francs de potentiel fiscal par habitant). Avec
ce dispositif elles ont les moyens de recruter. Elles ont des jeunes
plutôt employables au chômage. Elles vont utiliser le dispositif
qui va effectivement améliorer le service public.
De l'autre côté,
il y a des communes en grande difficulté
qui ont 1500, 1600 ou 2000 francs de potentiel fiscal, beaucoup
de chômeurs souvent peu qualifiés et de nombreux besoins non satisfaits.
Peut-on
alors raisonnablement considérer que ces deux types de communes
vont pouvoir profiter de la même façon du dispositif ? Peut-on
penser que les jeunes recherchant un emploi seront servis de la
même façon dans les communes riches et les communes pauvres ?
La réponse qui nous
fût faite était que, probablement, on en viendrait à une réforme
des finances locales. Mais, à quand cette réforme ? On sait combien
cela pose problème.
Me sentant personnellement
particulièrement concerné par ce problème, j'aurais aimé avoir un
engagement plus précis de l'Etat sur le fait que les communes en
difficultés seront aidées à faire réussir le plan chez elles, pour
les jeunes en difficultés.
Ce plan, bien qu'il
soit avantageux, a des aspects relativement dangereux. Ce
n'est pas le premier plan qui comporte ces aspects dangereux. C'est
le problème de bien de politiques contractuelles
en France.
Je ne cesse de répéter
que nombre de communes n'ont pas les moyens
de la générosité de l'Etat. Au motif qu'on veut des politiques
égalitaires, elles ne sont en réalité qu'égalitaristes. Tant que
les finances locales ne seront pas équilibrées, nous ne pourrons
pas prétendre une chose qui, normalement, relève de notre constitution,
c'est-à-dire que le service public doit être égal partout pour tous.
Hélas, ce n'est
pas vrai. Dans votre dernier ouvrage, vous soulignez très justement
que " nos concitoyens ont un souci de
plus grande proximité de l'action et une peur extrême de toute différence
de traitement d'un point à l'autre du territoire, notamment dus
aux grandes inégalités de ressources entre les collectivités ".
Si l'on pousse plus loin le raisonnement on se rend compte qu'il
y a encore plus de questions qui apparaissent.
Vous allez faire
un effort financier pour ce projet qui se chiffre à plusieurs milliards
de francs et je ne le condamne pas. Le chômage en général et celui
des jeunes en particulier justifie un effort de la nation pour son
éradication.
Mais
vous n'en êtes qu'au premier volet du plan de 700.000 emplois que
vous avez prévu. Il reste encore les 350.000
que vous envisagez de créer avec les entreprises privées.
Prenons le cas d'un
jeune diplômé qui aura coûté, pour arriver à Bac + 3, plusieurs
années d'étude à la nation ce qui est normal. Intéressé par un nouvel
emploi dans ce plan, il va coûter :
- 92.000 francs
multipliés par 5 ans à l'Etat
- 18.400 francs
au moins multipliés par 5 ans à l'employeur.
- A cela, puisqu'il
s'agit de nouveaux métiers, il faut ajouter le coût d'une formation
pour atteindre, en 5 ans, une autre qualification.
D'ici là, le gouvernement
met au point le 2e volet de son plan 700.000
emplois, à savoir les 350.000 emplois pour le secteur marchand.
Celui-ci aura également un coût. Par ailleurs, le premier volet
aura entre-temps réduit le nombre de jeunes disponibles et facilement
employables pour le marché du travail du secteur marchand. Il faudra
donc procéder, pour nombre d e jeunes chômeurs, moins qualifiés
mais employables, à une remise à niveau ou à une formation qualifiante
afin qu'ils accèdent à ces emplois du privé.
Mais, outre le fait
qu'au total,,
c'est-à-dire ceux qui n'ont rien du tout en termes de qualification,
n'aurait-on pas été plus efficace et moins dépensier en procédant
autrement ?
A savoir, le
moins qualifié qu'on forme pour l'utilité sociale et le plus qualifié
qu'on prépare pour le secteur économique.
J'en
arrive maintenant à ce qui constitue l'article 2 du projet de loi.
"
Pour développer des activités répondant à des besoins non satisfaits,
l'Etat peut faire appel à des agents âgés de 18 à moins de 26
ans, recrutés en qualité de contractuels de droit public pour
une période maximale de 5 ans non renouvelable afin d'exercer
des missions d'adjoints de sécurité auprès des fonctionnaires
des services actifs de la police nationale ".
On parle de besoins
non satisfaits. Qu'en est-il ? Est-ce que ce sont ceux de la police
ou de la population auxquels on répond ?
De quoi a besoin
la population par rapport à la police ? De sécurité ! Par la présence
visible d'une police en uniforme soit, mais surtout de son action
efficace de rappel à la loi, d'enquête et d'interpellation des délinquants.
A-t-on vraiment
besoin de plus d'agents de police pour assurer une présence ? Combien
de fois ai-je rappelé -et nombre de mes collègues avec moi- que
la France est le pays qui compte le plus de policiers par habitant
en Europe?
Alors
la réponse est-elle la création de présence supplémentaire ou, plus
simplement et de façon moins onéreuse, la meilleure répartition
des effectifs sur le territoire ?
Les chiffres sont
connus et donnent la réponse. L'état du budget aussi. Alors, faut-il
recruter ? Oui, mais pas des auxiliaires ! Des officiers
de police judiciaire, des inspecteurs de police, des gens formés
pour un travail aujourd'hui très spécialisé.
Pourquoi est-ce
nécessaire ? Les discussions avec les commissariats nous apprennent
que la création récente et le renforcement de brigades spécialisées
(Brigade des stups, Brigades Anti - Criminalité, Brigades de Recherche
et d'Enquête Criminelle, etc.) a pompé exclusivement cette catégorie
de policiers dans les commissariats qui,
aujourd'hui, sont, pour beaucoup, exsangues en matière d'officiers
de police judiciaire.
Là
doivent être mis les moyens en terme des postes de fonctionnaires.
Ce sont eux qui contribueront à fragiliser la délinquance. Je
crains que le reste ne soit qu'un marché de dupes pour les élus
locaux qui demandent des policiers supplémentaires.
Tel était le raisonnement
des commissaires UDF en Commission des Affaires Sociales et le mien
bien sûr.
Jusqu'à
jeudi soir où, par la radio, j'ai découvert que ces
auxiliaires de police seraient là pour remplir des fonctions de
médiation, de régulation, de convivialité, de trait d'union…
Mais,
nous sommes là dans les compétences des acteurs locaux. Ces missions
sont certes essentielles aujourd'hui mais dépendant d'eux. Cela
peut tout à fait entrer dans une mission
associative ou de police municipale.
L'occasion était
belle, avec la loi en préparation sur les polices municipales, de
faire le lien avec celles-ci. On aurait enfin évité que certains
maires se prennent pour des shérifs, mordant avec l'argent du contribuable
local, sur les prérogatives d'une police nationale qui doit rester
seule, avec la gendarmerie, à assurer la sécurité.
On ajoute une mission
de médiation aux policiers nationaux comme si, quand il y
a conflit dans un quartier, on pouvait à la fois être juge et partie
?
A un moment où les
jeunes notamment manquent de repères ils auront en face d'eux une
police à plusieurs casquettes : celle du médiateur, de l'éducateur
sportif, du représentant de la loi pur et dur, ….
C'est caricatural
? Un peu, mais la réalité n'est pas non plus une image d'Epinal.
Ceci dit, vous avez au moins inscrit votre intention dans la loi,
même si tout n'est pas clair.
Pour
ce qui concerne les emplois prévus pour l'Education Nationale par
contre, c'est clair, dans la presse, mais ce n'est pas inscrit dans
la loi. Est-ce une démonstration du rôle que le gouvernement a dévolu
au Parlement ? Les contrats de votre
loi ne peuvent être conclus par les services de l'Etat.
C'est le texte !
Donc, on pouvait supposer que les employeurs seraient les collectivités
ou les associatifs. Mais non, ce seront les collèges et les lycées
probablement, même pour les écoles
Outre le fait que
les rectorats ont lancé une pré-campagne de recrutement pour des
emplois qui n'existent pas encore, la loi n'étant pas votée,
nous nous interrogeons sur la nature de ces emplois. Comme la commission
n'avait pas pu répondre réellement à mes interrogations sur ces
emplois, je suis allé me renseigner sur le terrain.
J'ai ainsi pu constater
que les enseignants chez moi étaient déjà totalement au courant
du dispositif et de ce que contiendrait plus tard la loi. En attendant
qu'elle soit votée, il y aurait manifestement des contrats temporaires
permettant de recruter les jeunes.
Comment ne pas considérer,
dans ces conditions, que l'objectif est de forcer la main des
parlementaires qui auraient dès lors intérêt à voter la loi
pour ne pas déclencher une révolution autour des établissements
sous peu.
Ceci étant, quelles
que soient les mesures provisoires que vous preniez et quelle que
soit la méthode, pour le moins contestable, qui consiste à anticiper
une loi qui n'a pas encore été discutée, amendée et votée, on
ne peut que se poser des questions sur les éléments objectifs dont
nous disposons.
Ce n'est pas
de la fonction publique.
Pour un grand nombre,
ce sera Bac à Bac+2 pour soutien scolaire et autres missions,
mais payés au SMIC. On voit que le
Ministère de l'Education Nationnale a une haute considération pour
les jeunes qualifiés qu'il met sur le marché. J'ai parfois
l'impression de me retrouver en face d'un CIP déguisé qui avait
tant choqué à gauche à une époque ou à une vraie sous fonction publique.
Mais peut-être apprendra-t-on
qu'au final on prendra en compte la qualification et majorera le
salaire, mais qui paiera ? Pas
de problème, la commission a répondu à nos interrogations, ayant
eu des auditions dont nous étions manifestement privés.
80% seront assumés par l'Etat dans le cadre de ce projet (Aubry),
20% l'Etat au titre des crédits du Ministère de l'Education Nationale
(Allègre). Pas un sou, c'est juré, des collectivités
locales.
Ah bon ! Même si
on paie au-dessus du SMIC ? Sans doute.Mais
alors cela revient au même coût qu'un fonctionnaire ou presque.
C'est d'une qualification au moins égale. Pourquoi n'est-ce pas
un fonctionnaire ?
Taquin, je dirai
pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
Nous
n'avons en fait rien vu venir.
Dans
5 ans ou avant, nous comprendrons lorsque l'Etat se désengagera
des 80% et que les lycées, collèges et écoles diront : mais ces
emplois sont essentiels et que les élus locaux se retrouveront
à choisir entre
- l'explosion
de leurs budgets pour "solvabiliser ces emplois " comme on le
dit en ce moment à chaque coin de rue, c'est-à-dire, faire payer,
sur les impôts locaux, ou alors
- l'explosion
de leurs enseignants et parents d'élèves s'ils refusent de payer.
C'est
bien vu non ? Pas possible me direz vous. Trop machiavélique. Non,
ce n'est que le début du machiavélisme.
Un
hors d'œuvre. Imaginez, mes chers collègues, si ce que je dis est
vrai, le tapage, dans cet hémicycle des députés ayant des mandats
locaux. N'importe quel gouvernement devra reculer face à cette charge
concertée des députés maires ou sénateurs conseillers généraux !
Serait-ce pour cela
que le gouvernement prépare prépare l'incompatibilité du mandat
parlementaire et du mandat exécutif local. Je
crois qu'il veut surtout éviter l'incompatibilité d'humeur qu'il
y aura entre un Etat qui apporte maintenant pour mieux se décharger
demain, et des élus locaux au parlement qui savent ce que le quotidien
veut dire. Eviter que ces élus locaux soient présents au Parlement
permet de préparer un désengagement de l'Etat sur ces emplois.
Maintenant
une dernière question qui provoqua des remous en commission mais
pas de réponse. Qu'en est-il de ce nouveau contrat
de droit privé à durée déterminé pour 5 ans, annuellement renouvelable
?
Vous avez sans doute
raison de créer pour les emplois d'utilité sociale un contrat de
droit privé car, ainsi, il s'agira dans l'esprit des bénéficiaires
comme du public, d'un vrai contrat de travail, donc d'un véritable
emploi. On verra plus tard avec les qualifications, si ce sont de
vrais métiers.
Enfin, on sort de
l'image des petits boulots et vous avez là apporté un élément très
positif en droit pour les exclus. Toutefois, dès
lors qu'il s'agit d'un contrat de droit privé, pourquoi serait-il
réservé à la seule entité juridique associative ? L'entreprise est-elle
aussi une entité de droit privé.
Si l'on comprend
parfaitement que le financement à 80% soit réservé au secteur non
marchand, le type juridique du contrat,
au regard du Code du Travail, sans financement, est bien un 3e type
de contrat de travail, ouvert à tous les employeurs de droit privé.
Cela signifie que
nous avons désormais en droit du travail, le contrat à durée indéterminé
et deux types de contrat à durée déterminée
: celui que nous connaissons déjà et dont le renouvellement
ne peut avoir lieu qu'une fois et celui qui est créé par le présent
texte, renouvelable 4 fois. C'est ainsi que nous sommes nombreux
à avoir interprété ce texte et son incidence. Mais la commission
n'a pu apporter de réponse précise à ce sujet.
En
conclusion, il est vrai que j'ai posé, avec mes collègues
parlementaires de l'opposition, beaucoup de questions. C'est le
rôle du parlementaire. Nous aurions pu nous contenter, étant dans
l'opposition mais sensibles comme vous au problème du chômage en
particulier des jeunes, d'approuver un texte qui s'attaque à ce
fléau. Nous aurions pu aussi nous opposer purement et simplement
à ce texte qui laisse tant de questions en suspens. Mais le manichéisme
n'est pas mon tempérament.
Les murs résonnent
encore ici des débats sur l'emploi que j'ai animés par mes critiques
et mes propositions sur les textes des précédents gouvernements.
Vous estimez que l'Assemblée doit porter une importance telle à
ces questions graves que nous siégeons en session extraordinaire
et en procédure d'urgence pour l'étudier. Il me paraît alors tout
à fait dommageable que nous n'ayons pu recevoir votre projet que
le 28 août, c'est-à-dire, un jeudi soir, qu'il n'ait fait l'objet
que d'une seule réunion pour ses amendements et qu'à ma connaissance
vous ayez été la seule Ministre entendu par l'ensemble des commissaires
pour en exposer le contenu et, parfois, répondre aux questions.
Il est tout aussi
regrettable que le rapport de notre collègue Jean Claude BOULARD
n'ait pu être mis en distribution que le vendredi soir 12 septembre.
Vous en conviendrez, c'est court pour nous aider à préparer nos
interventions, compléter nos amendements et permettre d'avoir une
position intéressante et constructive sur ce que vous nous soumettez
et ne peut que nous amener à être réticent quant à nous prononcer
dans l'immédiat. Ceci d'autant plus que ce rapport est bref, sans
doute en raison des délais impartis et des questions en suspens.
Ainsi que je l'avais
rappelé en commission, je regrette, comme plusieurs de mes collègues,
une excessive précipitation à faire adopter
ce texte, n'ayant pas permis aux commissaires de recueillir l'avis
des acteurs de terrain.
Par le passé, de
nombreux projets sur les emplois de proximité ont échoué au stade
de leur mise en œuvre. Il serait dommage que pour " faire du chiffre
" on se lance hâtivement dans un processus qui conduirait
à l'échec parce qu'il ne tient pas suffisamment compte des réalités.
Vous comprendrez
donc que, dans ces conditions, entre les éléments de fond que j'ai
exposés au cours de mon intervention et ces éléments de forme que
je viens d'énumérer, le Groupe UDF ne puisse que demander avec insistance
le renvoi en commission pour
compléter le travail que nous avons commencé.
Ce texte doit être
étudié de façon plus approfondie. Les auditions nécessaires -et
notamment celles des ministres qui aujourd'hui proposent un recrutement
d'avant vote- doivent être menées et les hypothèques pesant tant
sur le financement que sur le devenir pour la solvabilisation des
ces emplois à l'expiration des contrats trouver ainsi une réponse
préalable au retour de votre texte devant notre assemblée.
Madame la Ministre,
vous aviez raison d'écrire récemment : " Il
est grand temps que notre pays débatte de son avenir et construise
un projet. Il est grand temps de nous retrouver…
"
Et bien retrouvons
nous en commission pour débattre plus en avant de votre projet afin
qu'il soit une expérience et non une aventure.
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