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Europe
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Communiqué
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Interventions
de Pierre CARDO en séance
Discussion générale
Nous nous attendions
à discuter d'un projet sur la sécurité quotidienne des Français
: nous trouvons un projet qui traite des armureries, des qualifications
dans la police, de la contrefaçon des moyens de paiement, des chiens
dangereux et de l'immigration clandestine en Grande-Bretagne par
le transmanche.
Ces sujets,
aussi hétéroclites qu'éloignés des soucis quotidiens des Français,
semblent tirer de textes différents et recollés ensemble pour l'occasion...
Cela fait un peu brocante, voire publicité mensongère, et masque
mal la misère de votre projet en matière de sécurité. Le Premier
ministre déclarait récemment qu'il cherchait un sens pour l'action
du Gouvernement : je le comprends mieux maintenant ! Pourtant quand
j'ai lu votre exposé des motifs, j'étais optimiste.
En lisant sous
la plume du rapporteur que la sécurité est un droit, qui conditionne
l'exercice des libertés, je me suis dit : enfin ! Fini l'angélisme,
ils ont changé. Certains atterrissages brutaux les ont rapprochés
du terrain. D'autant qu'on peut lire plus loin : " les comportements
délinquants, les vols et les violences s'exercent d'abord au détriment
des plus défavorisés ".
Quand je disais
la même chose il y a encore deux ans, j'avais, selon vous, un discours
sécuritaire, pour ne pas dire extrémiste. J'attendais donc de vraies
réponses à ces lourds problèmes d'insécurité quotidienne que sont
les insultes, les menaces, le racket, les violences collectives,
les zones de non-droit, les vols, les trafics, le rajeunissement
de la délinquance, les dysfonctionnements de nos institutions sur
le terrain. Hélas, il n'en est rien.
Qu'une armurerie
s'installe à un ou à dix kilomètres d'un quartier sensible n'y changera
en rien le niveau de la délinquance. Les armes détenues illégalement
sont achetées illégalement : les seuls à être gênés seront ceux
qui les achetaient pour un usage légal.
On s'interroge
d'autre part sur le rapport entre le contrôle de l'immigration clandestine
sur le Transmanche et les préoccupations de sécurité quotidienne
de nos concitoyens.
Quant au pouvoir
supplémentaire que vous donnez aux adjoints de sécurité, c'est-à-dire
aux emplois-jeunes, en matière d'infractions au code de la route,
qui sera rassuré et qui sera ennuyé, d'après vous ?
J'allais oublier
les chiens dangereux : une petite pincée de pitbulls dans la loi,
pour lui donner un arrière-goût de quartiers difficiles (Murmures
sur les bancs du groupe socialiste). Mais les maires et les parquets
qui se sont attelés au problème l'ont déjà réglé sans attendre cette
disposition.
Non ! Ce n'est
pas ce texte que les Français attendaient. Comme moi, ils espéraient
de votre part un examen de conscience : que vous reconnaissiez l'échec
du tout-préventif, dont vous fûtes si longtemps les champions, entraînant
notre société sur la pente glissante du refus de la sanction.
La réponse à
l'insécurité passe par la remise à plat complète de notre système
préventif aussi bien que répressif.
- Elle implique
la remise en question d'une école primaire qui amène le tiers
de ses enfants, dans les quartiers sensibles, à ne maîtriser ni
le français ni le calcul.
- Elle exige
la responsabilisation des parents, qui abandonnent à la rue l'éducation
de leurs enfants, par la mise en oeuvre d'un contrat éducatif
appuyé éventuellement sur leurs allocations familiales.
- Elle requiert
une remise en cause de nos pratiques sociales qui déresponsabilisent
les parents de tout enfant repéré comme ayant des problèmes.
- Il faut en
outre renforcer les moyens pédopsychiatriques, notamment dans
les collèges, où l'éducation nationale n'a pas jugé nécessaire
de prévoir un suivi psychologique pour les adolescents, alors
qu'il existe dans le primaire.
- Il faut renforcer
les pouvoirs et les moyens de la police dans les secteurs difficiles,
et assurer à ces fonctionnaires une meilleure formation et un
autre statut.
Les douanes
et les brigades fiscales doivent épauler la police nationale dans
les quartiers difficiles, afin de lutter contre les différents trafics.
Il faut accroître le nombre des officiers de police judiciaire,
seuls à même de mener des enquêtes permettant de faire aboutir les
plaintes.
Dans chaque
département, une politique pénale en direction des mineurs doit
être coproduite, en s'appuyant sur les travaux des groupes de traitement
local de la délinquance.
Il faut augmenter
le nombre de juges et de substituts des mineurs et imposer aux futurs
magistrats, pendant les études à l'ENM, un stage dans les communes
ayant des quartiers relevant de la politique de la ville. Il faut
adapter l'ordonnance de 1945 en abaissant de 13 à 10 ans l'âge auquel
les mineurs deviennent pénalement responsables. En cinquante ans,
une société change forcément et je rappelle que, lorsque cette ordonnance
a été adoptée, la majorité était à 21 ans. Elle est aujourd'hui
à 18 ans.
Il faut augmenter
les moyens consacrés à l'aide éducative en milieu ouvert et créer
des internats adaptés pour les jeunes délinquants. Il faut reconnaître
aux maires un rôle dans la conception et la mise en oeuvre des politiques
de prévention, mais aussi de répression, non pour en faire des shérifs,
mais des chefs d'orchestre. Vous parlez de coproduction de la sécurité
: où l'organiser mieux qu'à l'échelon de la commune ? Enfin, il
faut une vraie loi pour lutter contre les mouvements collectifs
de violence qui se produisent dans certains quartiers, une loi qui
sanctionne tous ceux qui auront contribué à ces émeutes.
Il y a vingt
ans, M. Dubedout, initiateur de la politique de la ville, disait
: " A situation inégalitaire, réponse inégalitaire ". Appliquez
donc ce précepte pour sauver les milliers de victimes soumises aux
agissements de semi-mafieux !
Voilà quelques
éléments pour vous permettre de réussir votre copie en deuxième
lecture, si vous souhaitez que votre projet soit digne de son titre.
En attendant, peut-être pourriez-vous donner instruction aux parquets
d'appuyer les conseils généraux et les mairies qui ont décidé de
financer les pôles d'accueil pour jeunes en difficulté ou des Maisons
de l'espoir, au lieu de les freiner.
A défaut de
faire reculer l'insécurité par la loi, vous auriez au moins aidé
les acteurs locaux à l'enrayer. Quant à votre projet, je n'ai pas
grand chose à en dire, sinon que, sur un thème vital pour nos concitoyens
comme pour votre avenir politique, il n'est pas à la hauteur des
attentes ! (Applaudissements sur les bancs du groupe DL, du groupe
du RPR et du groupe UDF)
Examen
des articles
Article 6
M. Pierre Cardo
- On confond, me semble-t-il, qualification et compétence. On le
sait, le ministre l'a confirmé hier, les ADS sont à 90 % affectés
dans les secteurs difficiles -il y en a par exemple beaucoup dans
ma commune. Ils risquent de s'y retrouver confrontés à des situations
auxquelles en effet ils ne s'attendaient pas et auxquelles ils n'auront
pas été formés. N'ayant jamais voulu que ma police municipale soit
armée, je n'ai jamais voulu que ses membres aient qualité d'agent
de police judiciaire, ce qui aurait pu les exposer à des situations
extrêmement dangereuses. Mieux vaudrait s'en garder également pour
les ADS, lesquels n'occupent qu'un emploi-jeune les formant au métier
de policier, pour leur éviter de courir des risques graves, pouvant
tourner au drame.
M. le Ministre
- Sans vouloir peiner certains de mes prédécesseurs, je dois à la
vérité de dire qu'il nous a fallu recruter massivement pour rattraper
les retards, d'autant que nous avons créé en plus la police de proximité.
3 300 policiers titulaires supplémentaires sont nécessaires à ce
titre. Ces recrutements doivent s'accompagner d'une évolution des
missions, des ADS notamment, lesquels, s'ils recevront bien la qualité
d'agent de police judiciaire, n'en demeureront pas moins adjoints.
Si je comprends parfaitement la position qui était celle de Jean-Pierre
Chevènement en août dernier, il faut aujourd'hui savoir évoluer.
La police de proximité n'en était alors qu'à ses tout débuts puisqu'elle
avait démarré en juin 2000.
M. Jean-Luc
Warsmann - C'est faux.
M. le Ministre
- Les ADS n'auront pas plus de qualification judiciaire que les
policiers municipaux. Ils seront simplement habilités par exemple
à rédiger des procès-verbaux pour stationnement irrégulier, sauf
stationnement dangereux, à constater certaines infractions au code
de la route, à accéder à certains fichiers lors des contrôles et
à d'autres pour aider les OPJ dans leurs enquêtes. Leur formation
passera de dix à quatorze semaines. Aucune dérive, aucune bavure
ne sont à craindre : vous pouvez être rassurés sur ce point.
Délit de
grande vitesse
M. Pierre Cardo
- Je crains qu'avec une telle disposition, on n'aille vers une "
double peine ". La vitesse n'augmente pas la fréquence des accidents,
mais leur gravité (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste).
Ce qu'il faudrait plutôt, c'est multiplier les contrôles. Sinon,
on continuera de tirer au canon sur des mouches : on ne les atteint
pas souvent, mais quand on touche, on frappe fort !
Epaves
M. Pierre Cardo
- J'ai recensé 150 véhicules de ce type dans ma commune et la préfecture
n'en a reconnu que deux comme épaves ! Je suis donc favorable à
cet amendement. Mais un des arguments qu'a avancés le commissariat,
c'est que le forfait payé par la préfecture pour l'enlèvement des
épaves semble insuffisant et dissuade les dépanneurs, d'autant que
dans les quartiers chauds ils reçoivent des pavés... Etes-vous prêt
à revoir ce forfait, Monsieur le ministre ? M. le Ministre - Je
crois que j'ai été clair : les véhicules qui ne sont pas identifiables
seront enlevés.
Stupéfiants
au volant
M. Pierre Cardo
- Le rejet de cet amendement pourrait prêter à des interprétations
fâcheuses. Il serait presque moins grave de consommer des drogues
illicites que licites ! Il serait plus grave de n'avoir rien provoqué
en n'ayant rien consommé ! La consommation de drogues est un problème
de conscience. Je ne veux avoir à m'en préoccuper que lorsque le
comportement de la personne engage la vie d'autrui, mais, dans ce
cas, nous sommes responsables. Faut-il vraiment attendre des morts
pour dégager les moyens nécessaires ? Vous retirez leur permis à
ceux qui dépassent la vitesse autorisée de 40 kilomètres par heure
sur une route où il n'y a personne d'autre, mais la consommation
de drogues douces ne vous pose aucun problème. Etant donné le développement
de la toxicomanie en France -et cela d'autant plus qu'on lutte contre-
il faut accroître les contrôles.
Article 13
- Animaux dangereux
M. Pierre Cardo
- Cette loi ne réglera pas le problème posé par certains animaux
dangereux, en particulier par les singes magots. Deux de ceux-ci
ont été détectés dans ma commune, un seul a été capturé. Or il s'agit
d'animaux extrêmement dangereux, mais qu'on ne peut euthanasier,
l'espèce étant protégée, et qu'on ne peut non plus renvoyer dans
leur milieu naturel. Cependant la SPA et les zoos refusent de les
accueillir. Ne pourrait-on autoriser l'euthanasie tout de même ?
Les dispositions que vous proposez peuvent être utiles, en revanche
pour les pitbulls mais, dans ma ville, nous avons déjà réglé le
problème depuis plusieurs mois, en liaison avec le parquet. Sur
une cinquantaine de chiens recensés, nous en avons " intercepté
" quinze à peu près. La difficulté tient cependant au manque de
place dans les fourrières, de sorte que le délai de 48 heures que
vous prévoyez avant de procéder à l'euthanasie paraît impossible
à observer. En tout cas, mes services et moi-même ne voyons pas
comment nous pourrions faire, sauf à nous transformer en gardiens
de pitbulls sans être équipés pour cela !
Amendements
après l'Art 16
M. Pierre Cardo
- Nous voyons assez bien maintenant ce qui manque à ce projet-patchwork
et c'est pourquoi nous nous employons à mieux définir le rôle du
maire par nos amendements. Ce travail est à l'évidence devenu nécessaire
car ce rôle est resté trop longtemps inchangé, alors que la société
et des autres institutions évoluaient. Il est dommage, simplement,
que nous devions procéder comme en appendice à la loi. Quant à l'information,
en ce qui me concerne, elle m'arrive plus souvent par mon réseau,
par mon médiateur ou par les associations que par le commissaire
de police. Je n'apprends souvent que deux ou trois mois après qu'un
habitant de ma commune est sorti de prison : il est bien temps alors
de s'en préoccuper ! Et, alors qu'on ne cesse de proclamer que les
décideurs doivent se rapprocher du terrain, alors que les habitants
aspirent à participer à la mise en œuvre de la politique de la ville,
je dois bien constater que toutes les demandes présentées par ceux-ci
aux représentants de l'Etat, lors de rares réunions, sont rejetées.
Pourtant, il ne s'agit en général que de renforcer la présence de
la police entre l'heure de la sortie des écoles et celle de la fermeture
des bureaux et commerces ! On nous oppose la répartition des effectifs
entre communes …
M. Alain Calmat
- Que ne l'avez-vous demandé avant 1997 ?
M. Pierre Cardo
- Je n'ai jamais changé de discours selon les majorités ! Je maintiens
donc qu'il faut préciser le rôle du maire : ce doit être, non un
shérif, mais un chef d'orchestre, garant du bon respect des procédures.
Ainsi, il n'est pas admissible qu'on ne signale pas un enfant en
danger, que cela reste dans les mains-courantes. A force de questions,
j'ai fini par apprendre que certains éléments étaient transmis au
parquet, qui les conservait pendant six mois, mais que fait-on,
qui est informé ? Le maire ignore le nombre de cas, ignore s'il
y a suivi. Pourtant, en cas de difficulté, c'est vers lui qu'on
se tournera … Avez-vous vu avancer un bateau sans barreur ? Or c'est
ce qui se passe à l'échelon local ! Il importe donc de charger le
maire de la nécessaire coordination, sans pour autant lui confier
des pouvoirs exorbitants. En face de moi, je n'ai jamais de décideurs
: seulement des exécutants de politiques décidées ailleurs, chargés
de gérer des dispositifs et non des individus. Il faut que cela
change !
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