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Au cours de notre
discussion, beaucoup de choses ont été dites - brillamment d'ailleurs
-, notamment par le rapporteur. J'ai relu, avec attention, votre
discours Monsieur le Ministre. Je veux vous dire que je partage
totalement votre analyse de la situation et aussi la stratégie que
vous souhaitez développer, entre autres, par cette loi.
Il y a beaucoup
de choses qui m'ont frappé dans ce débat, dans ce que j'ai lu dans
la presse, notamment qu'il s'agirait d'un texte liberticide. J'avoue
que quelqu'un comme moi, qui a vécu les quartiers depuis 30 ans,
maire depuis 20 ans, qui a vu les gens
souffrir, les acteurs souffrir, je suis un peu surpris.
J'ai travaillé
avec des gens comme André Diligent, Gilbert Bonnemaison. Je crois
que, si nous avons été nombreux à défendre la prévention, nous savons
pertinemment aujourd'hui qu'une prévention
qui essaie de fonctionner sans un système répressif adapté ne peut
pas aboutir. C'est hélas ce à quoi nous sommes hélas
confronté depuis des années dans de nombreux quartiers de notre
pays.
Je ne veux pas faire
un discours structuré, mais seulement citer quelques exemples pour
justifier de cette loi.
Le
premier que je prendrai est cette dame qui habite dans ma commune,
qui rentre tous les soirs à 20 heures de la gare, qui habite à 200
mètres de la gare et qui, à plusieurs reprises, n'arrive qu'à 22
heures au 3e étage de sa cage d'escalier.
Pourquoi ? Parce qu'il y a des jeunes qui, régulièrement, squattent
la cage d'escalier et lui barrent le passage et ne cessent de l'embêter
parce qu'elle est seule.
Malgré les interpellations,
nombreuses, des services de police qui interviennent, il ne se passe
rien. Bien évidemment, on en discute en Comité local de Sécurité
- cela existait déjà avant les CLSPD. Il y a le procureur, il y
a la police et elle s'exprime sur le sujet et, on constate que,
finalement, on ne peut rien faire dans
l'état actuel des textes. Et pourtant, cette femme a
envie de vivre et elle n'est pas la seule. Il y a beaucoup comme
cela. Alors qu'est-ce qui se passe au bout d'un moment ?
La femme déménage
et, petit à petit, d'autres familles, qui
sont capables de supporter ce genre de choses et qui, parfois même
y participent, viennent habiter à la place. Et, on dit
dans ces conditions qu'on veut limiter les
ghettos. Moi je n'y crois pas.
Et
qu'a dit le procureur en conclusion
de cette réunion, après ce premier problème et de bien d'autres
exposés ?
"
Monsieur Cardo, le loi est faite pour des gens normaux dans des
lieux normaux . "
Ce procureur venait
là de me définir ce qu'est la zone de non-droit.
Eh bien, personnellement,
je ne l'accepte ce genre de renonciations pas et je trouve que si
notre projet de loi, dans ce cas et dans beaucoup d'autres, peut
apporter quelques réponses, nous retrouverons quelque crédibilité
auprès de nos administrés. Fallait-il la loi ? Dans ce cas de figure,
c'est évident.
Un
autre exemple ? Je sors d'un mariage, la
nuit, dans ma Cité. Un jeune de 14 ans me braque, pendant
2 minutes, avec un pistolet chargé.
- Six mois plus
tard, on est convoqué au Tribunal. Or, on a oublié de le convoquer
lui. Moi j'y vais, mais il n'y pas personne.
- Neuf mois plus
tard, il a une condamnation au franc symbolique.
- Quinze jours
après, il vient me jeter 1 franc sur mon bureau en me disant :
" On est quitte ! ".
Est-ce que vous
croyez réellement que la condamnation qu'il a subie, avec un tel
délai en plus, lui a fait comprendre la gravité de son geste ?
Et est-ce que
vous croyez réellement que c'est ainsi qu'on va protéger les professions
qui représentent l'Etat républicain sur les territoires ? Je ne
le crois pas.
C'est
pour cette raison qu'il me paraît intéressant que nous envisagions,
dans cette loi, d'augmenter les protections
d'un certain nombre d'acteurs qui sont régulièrement menacés et
leurs familles. Car, comme un certain nombre d'entre
vous, j'habite le quartier, j'y ai mes gosses et, de temps à autre,
c'est un peu difficile de survivre car on
a l'impression que, lorsque ce genre d'aventures nous arrivent,
on n'est pas réellement soutenu par les institutions et la loi ne
permet pas, manifestement - en tout cas, n'est pas assez claire
- que les choses soient claires dans l'esprit de ceux qui l'outrepassent.
Troisième
exemple sur les squats. Je
pense qu'une réponse est prévue, notamment sur
les filières.
Il est assez
difficile, en l'état actuel des 48 heures de délai qui sont données
aux forces de police pour intervenir sur un squat qui s'installe
dans une cité où la loi du silence règle en maître, d'avoir une
réponse efficace.
Ceci a fait que,
en quelques semaines, j'ai eu 80 familles qui se sont installées
de force, malgré certaines mesures que nous avons pu prendre. Nous
avons tenté de remonter les filières. Plusieurs jeunes ont été interpellés.
Ils avaient pied de biche, disqueuses, serrures, tourne-vis… Que
croyez-vous ce qui s'est passé ?
A priori, il y avait
flagrant délit. Eh bien non. Erreur. On a pu mettre la main, pour
l'instant sur personne de ces réseaux. Le
juge a considéré que, les pieds de biche ayant été posés par terre
lors de l'intervention de la police, il n'y avait pas flagrant délit.
Dans le cadre de la loi sur la présomption d'innocence, les
personnes ont été immédiatement relâchées. Ce n'est pas dans ces
condition qu'on peut fonctionner normalement et se donner les moyens
de lutter contre un certain nombre de réseaux qui exploitent la
pauvreté et la misère des gens.
Cette
loi nous permettra peut-être de mettre un terme à un certain
nombre de difficultés auxquelles nous sommes tous confrontés.
Je ne pense pas simplement aux habitants. Je pense aux acteurs.
Lorsque les squats
sont arrivés, que faillait-il faire au-delà des enquêtes de police
: des enquêtes sociales. Mais
qui allait les faire ?
Débat en Préfecture
: · Les travailleurs sociaux du Conseil général à priori ? Ah non,
si vous nous demandez cela, on s'en va. · L'Etat ? Ah non, je n'ai
pas les moyens. · Avant de voir la balle de ping-pong repartir,
c'est la commune qui les a faites.
Comme il y avait,
au niveau des services sociaux, un peu
de tension - un jeune avait eu le malheur d'avoir une
agressivité un peu forte à l'égard des travailleurs sociaux - et
malgré la condamnation dont il a fait l'objet par la suite, pour
la première fois de ma vie, j'ai vu
apparaître un certificat médical déterminant que les travailleurs
sociaux chez moi étaient inaptes à tout contact avec la population,
y compris par téléphone.
Alors quand on m'explique
qu'il n'y a pas un minimum de sécurité à remettre dans certains
secteurs pour éviter les zones de non droit, moi je me demande ce
que je fais. Il va bien falloir que nous nous donnions les
moyens de protéger ceux qui interviennent dans les secteurs difficiles.
Il n'est pas normal que les gens aient peur au point d'abandonner
les territoires.
La
vraie zone de non-droit n'est pas seulement celle où la police ne
va pas. Ce sont les secteurs où finalement le droit ne vient plus
au devant des plus défavorisés.
Si on ne fait plus
de social, comment peut-on dire qu'on fait de la prévention ?
Les
éducateurs, les travailleurs
sociaux, s'ils refusent d'aller dans les quartiers, demain, c'est
les enseignants qui vont nous expliquer que les élèves sont trop
durs et qu'ils n'arrivent plus à enseigner et, après-demain, la
police va considérer que les voyous sont trop difficiles et qui
va nous dire : " Moi aussi, j'abandonne le territoire ".
Cette situation,
on ne peut plus la tolérer.
Il faut des mesures
claires et une volonté politique affirmée. Dans ce texte, après
la Loi de programmation dans laquelle vous vous êtes donné les moyens
pour les années qui viennent, vous affichez ce texte qui me paraît
avoir des réponses plus adaptées aux problématiques que nous vivons
tous les jours.
Je ne le cois en
rien liberticide. Au contraire, je pense qu'il va redonner
beaucoup de droits à beaucoup de gens qui ont été oubliés par notre
Etat républicain et, s'il y a déjà des résultats, bien
que la loi ne soit pas votée, c'est la
volonté est là.
C'est tout simplement
que les acteurs de terrain ont bien perçu
la volonté que vous avez et la détermination qui vous anime par
rapport à ces problèmes.
Je dois avouer que,
sans moyens supplémentaires pour l'instant chez moi et dans bien
d'autres secteurs, il y a eu une amélioration très forte, parce
que, aujourd'hui, les policiers ont
vraiment envie d'aller au devant des problèmes et de tenter de les
régler car ils savent qu'ils sont soutenus.
Je vous demande
à tous, ce soit, de voter cette loi, même si nous devons la modifier
parce qu'il y a des améliorations à apporter parce que c'est un
signe très fort pour tous ceux qui nous aident dans les secteurs
difficiles et face à ce problème extrêmement grave pour l'avenir
de notre société.
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