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Monsieur le
Président Monsieur le Ministre, Mes Chers Collègues
Les rapporteurs
ont déjà exprimé les aspects positifs que traduit votre budget.
En augmentation de 0,5 %, il marque clairement votre volonté non
pas, comme précédemment, de donner plus de moyens à la politique
de la ville, mais plutôt d'obtenir qu'ils soient réellement attribués,
mieux utilisés et donc optimisés.
Il y a quelques
mois la Cour
des Comptes donnait un
avis assez négatif sur les dépenses (une
synthèse
du rapport est également disponible sur ce site),
l'action et les résultats de la politique du ministère de la ville,
dénonçant un certain flou, un manque d'évaluation etc…
Ce bilan très
contesté mérite d'être un peu approfondi pour nous éclairer tant
sur les motivations de votre budget que sur les lignes des forces
qui doivent nous guider pour demain.
L'une des premières
causes de ce bilan contestable tient dans le fait que les acteurs
de terrain ont vu régulièrement les actions qu'ils engageaient hachées
par les changements de cap successifs des différents gouvernements
et les mesures crées ou modifiées au gré de multiples réformettes.
La seconde raison
me parait relever de l'aspect faussement exprimental
de la politique de la ville. Les quartiers auront été pendant
20 ans des lieux ou une somme considérable d'expériences aura été
menée, certaines réussies d'autres avortées ou simplement oubliées
mais ou faute d'avoir fixé des objectifs au départ, de les avoir
évaluées, on n'aura pas au niveau supérieur de l'Etat réussi à en
tirer des conclusions pour définir une stratégie. Nous sommes
donc restés au niveau de la multiplication des expériences sans
passer réellement à l'expérimentation et avons perdu les fondement
même de la politique de la ville.
Pourquoi cela
?
Ces expériences
ont été lancées par différents opérateurs publics ou associatifs
pour promouvoir, à travers de nouvelles coopérations, l'adaptation
des interventions et l'émergence de réponses nouvelles. En cela
elles devaient participer de la modernisation et l'adaptation des
services publics aux enjeux de nos sociétés urbaines et aux maux
de ces banlieues "en difficulté ".
Or, trop souvent,
ces initiatives ne sont venues qu'en compensation de l'insuffisance
ou du retrait des institutions.
Comment dans
ces conditions évaluer
la Politique de la Ville ou alors il faudrait comme je l'ai souvent
demandé, évaluer non pas seulement ce qui est financé par la Politique
de la Ville mais la globalité des interventions sur un site Politique
de la Ville. On verrait alors l'effet vase communiquant
que je dénonce qui comme vous le dites également Monsieur le Ministre,
n'a pas permis à ces territoires d'avoir plus mais à peine autant
voir moins que d'autres sites en difficultés.
Résultat sur
les terrain, on observe un retrait progressif
des acteurs institutionnels qui gèrent plus des dispositifs que
des individus ou des familles, et des associatifs qui
investissent de plus en plus le champ institutionnel. Ceci provoquant
une césure de plus en plus visible entre eux et une
fracture de plus en plus nette entre les institutions de la République
et les habitants.
J'ai souhaité
apporter cette vision personnelle de la politique de la ville afin
de mieux éclairer ce qui a motivé votre budget, certaines des mesures
annoncées, et les remarques que je formulerai.
Afin d'en finir
avec la complexité des procédures et les
délais de notification et de paiement des subventions, vous
autorisez les villes qui auront passé une convention avec l'Etat
à percevoir directement sur leur budget en début d'année les sommes
leur permettant d'organiser elles mêmes le partenariat avec leurs
associations.
Finis les découverts
bancaires, les changements de cap en cours d'année, les dossiers
égarés, les incertitudes du travail de terrain. Merci
Par contre vous
réduisez de façon conséquente les crédits du Fonds
d'Intervention pour la Ville (FIV). Et je tire la sonnette
d'alarme. Réduire l'investissement du FIV comme c'est le cas pour
le FRE du fait qu'il y a beaucoup de reports relève de la bonne
gestion.
Mais réduire
les crédits de fonctionnement me paraît dangereux. J'ai bien entendu
que vous constatez là aussi des reports des crédits. Mais est-ce
en raison de la non consommation des acteurs qu'il y a des reports
de fonctionnement ou plutôt en raison des retards de notification
et de versement ? Il ne faudrait pas que les acteurs de terrain
paient le prix des lourdeurs de procédure et que les maires, maintenant
responsabilisés, sur l'attribution du fonctionnement, se retrouvent
en première ligne non pour le développement social mais pour la
gestion de la rigueur.
J'ai bien noté
qu'en contre partie vous envisagez d'aider les communes en difficulté
financière, mais à ma connaissance, la réforme de la Dotation
de Solidarité Urbaine (DSU) n'a pas encore eu
lieu hélas qui permettrait que le Grand
Projet de Ville (GPV) ne soit pas réservé aux villes
qui en ont les moyens. Pour l'instant le FIV constitue le gros du
financement. Dans mon département on n'a jamais rendu 1 € en fonctionnement
en fin d'année.
J'en viens maintenant
au Plan
de Rénovation Urbaine que vous avez présenté pour
les 5 ans qui viennent, il va enfin nous assurer une certaine cohérence
dans le temps et dans l'action. Mais il nécessite de votre part
un certain nombre de précautions et de ma part quelques propositions.
Vous voulez
accélérer les démolitions. D'un
autre côté la loi SRU va amener nombre de communes plutôt attractives
à construire des logements sociaux. Si rapidement les villes qui
réduisent leur logement social ne réalisent pas un itinéraire
résidentiel offrant à leurs habitants des logements adaptés
et très divers, elles connaîtront un effet d'écrémage qui verra
les familles les mieux loties atterrir chez leurs voisins plus aisés,
offrant un logement social plus valorisant.
Aussi,
je souhaiterais 3 choses :
1. Que vous
renforciez les moyens attribués à la gestion urbaine de proximité,
élément essentiel pour le bien être des habitants, mais peu visible
dans votre budget. La propreté et l'entretien, c'est la santé
des habitants et aussi la carte de visite des quartiers.
2. Que vous
aidiez financièrement les communes dans leur programme de construction
en absorbant le prix du foncier notamment pour leur permettre
la réalisation de nouveaux logements sociaux sur de petites emprises
foncières.
3.
Que votre intervention financière ne concerne pas que l'habitat
mais aussi l'école qui est un élément essentiel de l'attractivité
d'un quartier pour les mères de famille. Il vous faut prévoir
ainsi raser des écoles mal situées, mal conçues pour les reconstruire
dans des secteurs moins marqués, plus valorisants.
Cela me paraît
pouvoir compléter les conventions que vous souhaitez passer avec
l'Education Nationale afin de lutter contre l'absentéisme scolaire,
l'illettrisme et l'évasion dont on parle moins.
A cet égard
pourriez vous lui demander pourquoi autour des agglomérations, elle
a supprimé en 40 ans autant d'internats
dans le secondaire ? Cette structure si fréquente à l'époque
n'avait-elle pas son utilité et ne serait-elle pas une parcelle
de la réponse globale à apporter à certains de nos jeunes favorisant
l'éloignement, la non concentration et sans doute la réussite ?
J'en finirai
maintenant avec le sujet de l'éducation en faisant une proposition
que j'aimerais voir expérimenté pour certaines de ces familles.
Pourrait-on créer des petits ensembles d'appartements où l'on mettrait
en quasi formation des familles primo arrivantes de l'étranger ou
d'autres connaissant des problèmes de comportement social afin qu'en
quelques semaines ou mois elle acquièrent les bases leur permettant
de s'intégrer dans notre société. Cela éviterait que l'on compte
sur la police, la justice, les gardiens, les voisins, la télévision
ou la rue pour parfaire leur éducation.
J'en
viens maintenant au volet emploi.
Le chômage a
augmenté dans les quartiers pendant qu'il baissait ailleurs. Vrai
mais à nuancer. Dans ma commune c'est l'inverse. Il a baissé. Pourquoi
? Par un travail intercommunal et partenarial autour d'un PLIE,
d'une mission locale, d'une équipe emploi insertion motivée et une
utilisation intelligente des dispositifs existants.
Alors tout va
bien ? Presque car j'ai bien noté la nouvelle orientation
donnée pour les emplois jeunes
en direction de l'entreprise et je m'en réjouis. Toutefois il me
paraît indispensable de prévoir un financement aux communes et associations
qui ont surtout recruté des jeunes de niveau VI et V bis. En effet
dans ces quartiers elles ont offert à des gamins n'ayant aucune
ouverture possible sur le marché du travail une activité d'utilité
sociale.
L'Etat les a
fait s'engager dans ce processus, est-il moral de les lâcher au
bout de 5 ans sachant qu'il n'y a pas de solutions ?
De même je souhaiterais
que le dispositif adultes relais
que les maires ont attendu plus d'un an, le précédant gouvernement
ayant omis de les budgéter, soit revu et amplifié. Lui seul peut
nous permettre de développer le lien social, la médiation, l'animation
avec les parents eux mêmes et donc de revaloriser l'image et le
rôle de l'adulte dans nos quartiers.
Pour finir ce
chapitre sur l'emploi et aborder sommairement hélas le domaine de
la prévention et de l'expérimentation, je voudrais insister sur
le fait qu'aujourd'hui les structures de
garde d'enfants sont fortement inadaptées aux besoins
de ceux qui travaillent surtout si il s'agit de familles mono parentales,
de personnes ayant des horaires décalés (les 3/8 mais aussi les
femmes de ménage ..) ou en cas d'hospitalisation du ou des parents
ayant la garde. Il aura fallu des années et nombre de dossiers,
de demandes et j'en passe pour qu'enfin cette année ouvre la première
structure de garde d'enfants 7 / 7 et 24/24 et faisant l'accueil
d'urgence. Si je trouve merveilleux que Chanteloup
soit doté d'un tel service associatif, je trouve anormal qu'il y
ait autant d'obstacles et que nous soyons les seuls à en disposer.
Voilà trop brièvement
ce que je voulais exprimer, laissant de côté bien des aspects à
traiter sur un sujet aussi vaste. Mais je sais que vous restez attentif
à toutes nos préoccupations, toutes nos demandes et que le budget
que vous nous présentez aujourd'hui n'est que la première étape
de la reconstruction d'une politique de la ville que vous voulez
cohérente, dynamique et efficace. Mon groupe et moi même la soutiendrons,
afin que dans nos villes l'espoir renaisse d'une reconquête des
3 principes qui fondent République :
Liberté,
Egalité, Fraternité
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