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Je
ne reviendrai pas longuement sur les chiffres : les rapporteurs
les ont parfaitement analysés... et les observations que je pourrais
faire à leur propos n'auraient que peu d'influence ! Je me bornerai
à noter que la progression de 1,34 % de ces crédits pourrait être
tenue pour satisfaisante, surtout dans une période où la croissance
ralentit, si la complexité des cofinancements et les délais de
notification des subventions n'entraînait une sous-consommation
préoccupante.
En outre, dans le
cadre des contrats de ville, les crédits pour études dépassent parfois
les crédits destinés aux actions à mener ! Les contrats d'adultes-relais,
dont j'avais demandé en vain la création lorsqu'ont été institués
les emplois-jeunes, manquent de lisibilité : les conditions d'attribution
restent floues, ce qui autorise certaines DDTE à refuser ces contrats
à des structures qui organisent la médiation dans les transports.
Le cofinancement des collectivités est très souvent sollicité
et, compte tenu de l'incertitude qui pèse sur les emplois-jeunes,
on peut se demander si ces contrats pourront être pérennisés.
On observe aussi
que le système d'aide à la revitalisation économique reste
très vague quant aux modalités de versement des fonds, ce qui n'incite
guère les collectivités et les entreprises à y recourir.
Le comité interministériel
du 1er octobre avait dessiné un projet assez ambitieux : destruction
de 30 000 logements, remise à niveau du bâti dégradé, construction
de nouveaux logements sociaux dans le cadre de la loi SRU, aide
à la réfection des écoles des communes les plus pauvres, etc. Or,
on ne voit guère la traduction de ces objectifs dans le présent
budget, les crédits du titre VI étant même en baisse de 26 %.
Trop souvent, d'autre
part, les crédits de la politique de la ville ne font que se substituer
aux crédits de droit commun dans les contrats de ville : on retire
d'un côté ce qu'on donne de l'autre. Cette analyse budgétaire ne
saurait nous dispenser d'une réflexion
sur ce que devrait être une véritable politique de la ville.
Doit-on se contenter
d'un ministère qui organise la distribution des fonds ? La DIV est
assez compétente pour s'en charger elle-même. En vérité, le
ministère devrait être celui de la réforme de la société urbaine,
dont l'évolution est annoncée, préfigurée par celle des " quartiers
", qui met en évidence les dysfonctionnements institutionnels et
autres, liés à une conception de l'intervention publique qui date
de près de trente ans. Il s'agit aujourd'hui d'adapter les politiques
institutionnelles aux territoires, en particulier dans les domaines
de l'école, de la police, de la justice et du social.
Le
maire se heurte
le plus souvent, lorsqu'il réunit l'ensemble des partenaires ainsi
qu'on le lui demande, au fait qu'il a en face de lui des personnes
qui sont, certes, des acteurs de terrain, mais qui sont largement
irresponsables, puisque rarement dotés d'un budget autonome, d'une
capacité de décision et de la possibilité d'adapter leur politique
aux publics concernés. Maire de ma commune depuis dix-huit ans,
j'ai pu constater que nommer un adjoint à la politique de la ville
ne servait à rien, dans la mesure où seul le maire lui-même est
en mesure d'imposer une réforme du mode de fonctionnement de son
administration ; il en va de même à l'échelon gouvernemental,
où seul le Premier ministre est en mesure d'interpeller les ministères
pour qu'ils engagent les réformes sans lesquelles le ministre de
la ville ne pourra que constater l'aggravation de la situation.
Il peut y avoir un ministre chargé de la ville, mais un ministère
de la ville, en tant que tel, n'a pas de nécessité.
Parmi
les réformes à accomplir figure celle de l'école. Tant
qu'un élève sur trois ne saura ni lire, ni écrire ni compter en
entrant en sixième, il ne faudra pas s'étonner de la violence au
collège. Il faut remettre en cause la disparition de fait du redoublement
à l'école primaire, accroître les moyens dont elle dispose dans
les " quartiers ", adapter sa pédagogie et la formation du personnel
enseignant.
Quant à la
police, on ne peut continuer à lui faire absorber des
adjoints de sécurité non qualifiés tout en baissant ses effectifs
titulaires. Donner des pouvoirs exorbitants à des gens qui ne
sont même pas policiers, comme le fait le projet de loi sur la sécurité
quotidienne, est extrêmement dangereux. La vraie réponse consiste
à former plus de policiers à
faire face à des situations de plus en plus complexes et difficiles.
Vous me dites que vous le faites. peut-être mais au bout de
quatre ans et demi, et après avoir cassé le plan Pasqua !
Dans le domaine
judiciaire, il faut adapter la procédure, si ce n'est
la loi, aux réalités nouvelles des " quartiers ". A
violence collective, responsabilité collective, ce qui
ne signifie pas rétablir la loi " anticasseurs ", avec laquelle
cette notion a disparu.
La prévention, d'autre
part, commence par le retour de la présence
sociale dans les familles en difficulté : il
n'est pas normal qu'une famille en grande difficulté, qui a accumulé
d'importants retards de loyer sans que le bailleur social public
ne le signale, soit expulsée du jour au lendemain, sans qu'il y
ait le temps d'improviser autre chose qu'un hébergement sommaire
en foyer, puis en hôtel Formule 1, et il n'est pas normal non plus
que les services sociaux compétents reportent à quinzaine, une demi-heure
seulement avant l'heure prévue, une rencontre qu'ils n'ont d'ailleurs
daigné organiser qu'à la demande expresse de la mairie ! Où est
le service public dans tout cela ? Et que peut faire le maire, face
à cette carence, sinon procéder à la réquisition d'un logement,
au risque de se retrouver au tribunal ?
C'est
le maire, en vérité, qui doit être le chef d'orchestre.
Il n'y a pas de bateau qui puisse suivre un cap s'il n'y a pas un
barreur pour le fixer et pour contrôler qu'il le suit. Le maire
est le garant des procédures et de leur exécution, sans avoir pour
autant à se prendre pour un shérif. Si la réforme ne peut venir
d'en haut, il faut qu'elle vienne d'en bas, ce qui requiert une
réforme du statut des maires dans le cadre de la décentralisation.
Mais la France,
en dépit de toutes les belles déclarations de la gauche, est restée
profondément jacobine, ce qui l'empêche de sortir de la situation
actuelle. La hauteur ne donne pas toujours la vision.
Pour toutes ces
raisons, le groupe DL ne peut accepter
ce projet de budget.
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