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Réponse
Monsieur le
Députe,
Vous posez la
question des déplacements illicites d'enfants vers l'Etranger.
Je partage totalement
vos préoccupations qui font écho à l'inquiétude et à la souffrance
des parents auxquels leurs enfants ont été arrachés et qui luttent
pour reprendre le contact avec eux et faire valoir leurs droits
de partager une partie, même réduite, de leur vie. Je vous donnerai
d'ailleurs une réponse beaucoup plus longue que celle que je peux
exprimer dans le temps qui m'est imparti.
Je souhaite
d'abord saluer le travail considérable que vous et vos collègues
de la Commission
parlementaire franco-allemande, Madame Pervenche BERES et
Madame Dynah DERYCKE, accomplissez pour faire avancer ces dossiers
particulièrement difficiles.
Vous m'interrogez
d'abord sur la
place et les moyens de la Mission internationale d'Aide à la Médiation.
Ainsi que je
l'avais annoncé, j'ai créé au mois d'avril 2001, une Mission d'Aide
à la Médiation internationale pour les familles.
Cette mission
est rattachée à la Direction des Affaires civiles et du sceau
et œuvre en relation avec les services intéressés du Ministère.
Elle a pour mission de prendre en charge tous les dossiers de
conflit d'autorité parentale au sein des couples binationaux
lorsqu'ils connaissent une situation de blocage, en particulier
en ce qui concerne la fixation de la résidence des enfants, les
droits de visite et d'hébergement et la détermination du nom de
l'enfant ou encore l'évaluation du montant de la contribution à
son entretien et à son éducation.
Elle sera prochainement
dotée de l'ensemble des moyens personnels appropriés prévus : postes
de magistrats, personnels administratifs et travailleurs sociaux.
Vous avez raison de le rappeler parce que c'est aujourd'hui insuffisant.
Nous nous donnerons rendez-vous ensemble à l'automne pour voir si
ces postes ont été réellement pourvus. Vous savez que j'attends
une promotion de greffiers et de magistrats qui va me permettre
d'avoir plus de marge de manœuvre.
Vous souhaitez
ensuite connaître la suite réservée aux proposition de la mission
parlementaire franco-allemande de médiation.
Le
rapport que vous m'avez remis comporte notamment des propositions
dans le domaine de l'information, de la formation, de la recherche
d'une plus grande cohérence des deux systèmes juridiques et judiciaires,
d'une réforme des structures et des procédures en cause et de l'aide
aux victimes. Ces propositions sont très positives. Vous avez raison
sur toutes.
Certaines vont
être mises en œuvre sans délai. Vous avez raison de le rappeler,
même si toujours, tout est trop long. Je pense à celles qui visent
à améliorer la connaissance mutuelle des systèmes judiciaires
et la formation des magistrats. Les autres sont à l'étude, soit
qu'il s'agisse de modifier des éléments de procédure, soit qu'il
faille assurer leur financement, par exemple pour les centres de
visite ou la mise en œuvre d'une médiation professionnelle.
Je vois effectivement
dans le rendu de la commission Bouchet qui nous conduira à une réforme
des possibilités pour aider financièrement les parents, malheureusement
mise en pratique seulement au 1er janvier 2003 (faudra-t-il, en
attendant, prendre des mesures réglementaires), dans ce que vous
avez proposé tout à l'heure. Le ministère et la mission vous tiendront
donc informé à intervalles réguliers de la mise en œuvre de ces
mesures et des problèmes qu'on rencontrera, bien sûr des problèmes
pratiques.
Vous souhaitez
enfin des précisions sur l'initiative
française d'août 2000 en matière de droits de visite.
Là je vais malheureusement
vite mais je vous donnerai plus de précisions. D'abord pour vous
dire que cette initiative n'est ni abandonnée, ni enlisée.
Simplement, le Conseil Justice et Affaires intérieures du 30 novembre
2000 a conclu que l'examen de l'initiative française ne pouvait
se poursuivre en raison du champ d'application limité, que parallèlement
aux travaux sur l'extension du champ d'application du règlement
de Bruxelles II.
Mais la libre
circulation des décisions en matière de droit de visite reste à
mes yeux une priorité car il s'agit d'un progrès essentiel à
accomplir et nous avons toute raison d'être optimistes car la future
présidence belge partage ce point de vue. D'où les actions bilatérales
que nous menons avec cette future présidence pour sortir de l'impasse.
Sur la place
réservée à la Médiation, je souhaiterais rappeler qu'elle n'a
pas vocation à se substituer aux procédures, notamment judiciaires,
mais elle doit permettre, par la souplesse de ses moyens d'action,
de favoriser le dénouement de ces contentieux, en intervenant auprès
des familles concernées pour parvenir, dans l'intérêt des enfants,
à un rapprochement des positions antagonistes. Je rencontre, de
la part de mes collègues européens, un progrès certain, même si
je suis, comme vous, impatiente d'arriver à une conclusion.
Reste la question
des changements de nom imposés par la seule volonté du parent
étranger.
Elles ont leur
origine dans certaines dispositions de la loi allemande en particulier
qui prévoit 2 procédures de changement du nom patronymique. Je vous
donnerai tous les éléments parce que ces procédures sont fréquemment
utilisées, comme vous le savez, en Allemagne en cas de divorce des
parents.
La Convention
n° 4 de la Commission Internationale de l'Etat Civil, signée à Istanbul
le 4 septembre 1958, appliquée au domaine du changement de nom patronymique
des enfants nés de couples franco-allemands, a pour conséquence
de rendre opposable, en France, les décisions allemandes, substituant,
au nom du père, un autre nom patronymique, sous réserve de l'appréciation,
par les juridictions françaises, de l'article 3 de la Convention
qui prévoit le cas où la décision étrangère serait contraire à l'ordre
public français.
A l'inverse,
la Convention internationale des
Nations Unies sur les droits de l'enfant prévoit, en son
article 8, que les Etats signataires doivent protéger les droits
de l'enfant au respect de son identité. Les parents français objectent
et combattent ces actions en changement de nom qu'ils assimilent
à une volonté délibérée du parent et de la société allemande
de rompre les liens existants entre eux et leurs enfants. Les
services du Ministère de la Justice ont ouvert des discussions sur
ce point avec leurs homologues allemands.
Concrètement
et afin de répondre au cas particuliers identifiés, j'ai saisi la
Mission d'Aide à la Médiation sur cette question spécifique
à partir de cas concrets connus pour voir comment nous allons
pouvoir les régler, comment nous pouvons en tirer des leçons pour
l'avenir, en particulier en élaborant des propositions qui
peuvent être acceptées par l'autorité allemande en particulier,
quitte à ce que nous entamions, à partir de "l'Euro-just"
provisoire, une discussion sur le droit de la famille, non seulement
en général, mais aussi s'agissant de la situation des parents divorcés.
Je peux vous
dire, m'étant rendu devant l'unité provisoire "Pro-Euro-just"
qui est un lieu de concertation essentiel pour l'avenir que l'ensemble
des magistrats européens présents à la réunion à laquelle j'ai assisté,
sont d'accord pour nous rendre une expertise rapide sur les enfants
dans le droit de la famille. Commençons par les enfants et laissons
ensuite les adultes peut-être gérer au mieux leurs affaires.
Monsieur
Pierre CARDO
Très brièvement,
pour remercier Madame la Ministre de sa réponse. Ma question a été
effectivement aussi plus longue que la réponse que je recevrai.
Pour les moyens, nous ferons effectivement le point en septembre.
Je veux quand
même vous dire combien ce point du changement de nom est
quelque chose d'extrêmement traumatisant pour un père. C'est dans
la culture allemande, ce n'est pas dans la culture française, ni
dans d'autres pays non plus d'ailleurs. Donc il faut qu'on fasse
rapidement le point là-dessus.
Concernant les
propositions qui ont été faites par notre commission, il est vrai
que nous aimerions bien les voir mises en œuvre rapidement. Il n'y
a pas besoin de gros moyens pour une partie d'entre elles. Il
faut simplement une volonté politique pour que cela avance.
Pour ce qui
me concerne, je voudrais qu'au niveau du Ministère de la Justice
en France et à tous les niveaux - et pas que pour ce problème de
la médiation - qu'on veuille bien accepter, au niveau de la magistrature,
le principe même de la médiation. Dans les esprits cela n'est pas
encore entré en France. L'Allemagne a la-dessus de l'avance sur
nous et je peux vous dire que, si on est parti d'un seul dossier
pour en arriver à plusieurs dizaines maintenant, ce ne sont pas
le bénévoles, parlementaires, qui pourront traiter tous les cas
de médiation qui leur arrivent aujourd'hui. Très rapidement, il
faut mettre en œuvre une machine qui va répondre aux besoins dans
ce domaine qu'a la France.
Madame
la Garde des Sceaux
Je veux juste
dire à Monsieur CARDO que cet été on va reprendre la liste des propositions
et voir celles auxquelles on peut répondre. J'ajouterai que sur
la médiation, dans le cadre des entretiens de Vendôme qui sont une
remise à plat du système, la médiation fait parti de toutes nos
rencontres. D'ailleurs, le rapport Boucher la note en amont comme
ouvrant à l'aide juridique.
Je m'attacherai
que non seulement il y ait une professionnalisation de la médiation
mais aussi à ce que certains magistrats, à temps partiel, forment
également ceux qui sont chargés de la médiation parce que si nous
les impliquons personnellement et s'il peuvent mesurer avec nous
les résultats, ils suivront beaucoup le juge aux affaires matrimoniales
qui, souvent est convaincu de la nécessité de ces médiation. Je
m'engage, Monsieur CARDO, à faire de la médiation un axe fort
de la politique de la justice française.
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