|
Q. A
la suite d'événements récents, mettant une fois de plus en lumière
des problèmes liés à la polygamie,
Monsieur Pierre
CARDO appelle l'attention de Madame
le Ministre de la parité et de l'Egalité professionnelle
sur les conséquences de ces problèmes,
notamment pour les femmes et les enfants.
En effet, bien
qu'interdite dans notre pays, la polygamie est une réalité au sein
de nombreuses familles d'origine étrangère originaires de pays où
la polygamie n'est pas interdite. Ces familles sont souvent logées
dans des appartements surpeuplés, non adaptés à des familles nombreuses
avec des conséquences inadmissibles et graves pour les femmes et
leurs enfants.
Ces conditions
deviennent proprement intolérables lorsque
des femmes sont répudiées par leur mari et se retrouvent à la rue,
souvent avec des enfants à charge, dans l'impossibilité de travailler
(souvent sans titre de séjour car entrées illégalement en France,
une arrivée par regroupement familial n'étant, en principe pas possible)
et donc sans ressources, ni logement et méconnaissant leurs droits.
En réalité, ces femmes et leurs enfants sont " condamnés " à subir
les conséquences des actes du mari et de la non-application des
lois françaises. Il lui demande de lui indiquer les mesures qu'elle
entend proposer pour garantir à ces femmes le respect des droits
les plus élémentaires des droits de la femme dans le respect de
la Charte Universelle des Droits de l'Homme.
|
|
R.
Depuis deux ans, le Président de la République a jeté les fondements
d'une politique volontariste et équilibrée en matière d'immigration.
La clarification des conditions d'entrée et de séjour des étrangers
en France, la réforme du droit d'asile et la profonde modification
des conditions d'accueil et d'intégration en France, remettant le
contrat au coeur du pacte républicain, permettent de parler d'une
véritable refondation de l'action publique en la matière.
Dans le cadre de
leur communication en Conseil des ministres le 22 septembre 2004,
Mme la ministre de la parité et de l'égalité professionnelle et
Mme la secrétaire d'État à l'intégration et à l'égalité des chances
ont exprimé de nouveau leur volonté de promouvoir
l'égalité pour les femmes de l'immigration. Cette volonté
s'exprime à travers des mesures très concrètes. Mme la ministre
de la parité et de l'égalité professionnelle a installé en juin
2004 avec le ministère de la justice un groupe
de travail interministériel sur les femmes de l'immigration,
tant sur les violences qu'elles subissent (mariages forcés, mutilations
sexuelles, répudiations, ...) que sur les performances qu'elles
réalisent.
Ce travail devrait
permettre d'initier des mesures concrètes de nature à promouvoir
le respect des droits fondamentaux des femmes tels le droit à l'intégrité
physique ou le droit à la dignité et l'égalité professionnelle entre
les hommes et les femmes. Les travaux du groupe seront exploités
lors d'un colloque qui se tiendra le 8 mars 2005 sur le thème de
la citoyenneté républicaine.
La question spécifique
de la polygamie sera traitée parallèlement
dans un second groupe de travail que le Secrétariat d'État à l'intégration
et à l'égalité des chances doit créer prochainement.
Les mesures actuellement mise en place face aux problèmes liés à
la polygamie visent à favoriser un processus
de sortie du régime matrimonial polygame par l'accès à l'autonomie
des épouses. Cette démarche, nécessairement longue, comprend
plusieurs étapes telles que l'accès au
logement, à l'emploi, à la formation. Faciliter l'autonomisation
financière des femmes concernées consiste à les aider à trouver
ou conserver un emploi, les accompagner pour faire valoir le cas
échéant leurs droits en termes de prestations familiales et de RMI
éventuellement, voire d'accompagnement à la gestion d'un premier
budget. Le logement et l'accompagnement social doivent également,
dans la mesure du possible, favoriser l'autonomie des femmes. Cela
signifie qu'une localisation à proximité des services publics (école,
crèche, transport...) et d'un éventuel emploi doit être favorisée.
Concernant la protection
des droits civils des femmes de l'immigration, les effets des situations
juridiques créées à l'étranger posent de réels problèmes, s'agissant
du mariage lui-même, du divorce, de la répudiation, des successions.
Les travaux du groupe interministériel « Femmes de l'immigration
» permettront de faire des propositions
concernant notamment une éventuelle évolution législative dans les
cas de répudiation, visant à faire promouvoir la loi du domicile
sur la loi personnelle.
Enfin, trop souvent,
les femmes de l'immigration, dont les droits du pays d'origine sont
fréquemment plus défavorables que ceux que leur confère la loi française,
ignorent généralement quand et comment elles peuvent bénéficier
de cette dernière. Il convient d'améliorer
l'information des femmes sur les droits qui les protègent.
S'agissant des femmes
primo-arrivantes, sur un total de plus de 27 000 immigrés, à avoir
été accueillis, depuis juillet 2003, sur les 16 plates formes de
l'Office des Migrations Internationales, les femmes représentent
près de 55 %. Lors de la journée d'accueil en France, il est proposé
à l'ensemble des migrants, arrivant dans notre pays en vue d'une
installation durable, la signature d'un contrat d'accueil et d'intégration.
Une formation civique, notamment, est obligatoire pour tous les
signataires de ce contrat. Elle a pour objectif de contribuer à
faire connaître les valeurs et les principes fondamentaux de la
société française aux nouveaux arrivants et à les informer sur le
fonctionnement institutionnel et administratif de la France.
Dès le printemps
dernier, dans le cadre de cette formation civique, a été renforcée
l'information des femmes sur l'égalité avec les hommes, sur leur
statut personnel, ainsi que sur les droits et protection qui lui
sont liés. Concrètement, la pratique de l'entretien personnel sur
les plates-formes d'accueil hors la présence de la personne accompagnante
a été généralisée et est développé un interprétariat suffisant pour
une bonne compréhension des messages délivrés. Parallèlement un
travail d'évaluation a été entrepris depuis début septembre sur
la qualité des formations civiques et linguistiques, ainsi que sur
les difficultés matérielles rencontrées particulièrement par les
femmes pour suivre ces formations (déplacements, horaires, etc...).
Enfin en dehors
du champ de l'accès aux droits des primo-arrivants, deux actions
seront menées dans le sens d'une plus grande information des femmes
de l'immigration sur leurs droits : d'une part l'élaboration d'un
guide, sous l'égide du ministère de la parité et de l'égalité professionnelle,
traduit en plusieurs langues et recensant les principaux droits
personnels et l'ensemble des lieux d'information ; d'autre part
le soutien des associations de femmes relais, des associations spécialisées
comme les CIDF, qui accueillent notamment les bureaux régionaux
de ressources juridiques internationales, et le renforcement de
leur mise en réseau avec les Conseils départementaux d'accès au
droit (CDAD).
|