Les défis de l'immigration future


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Conseil Economique et Social - Audition du 7 mars 2002

Les défis de l'immigration future

Intervention de Pierre Cardo M. CARDO.

Je me suis demandé pourquoi j'ai été sollicité, je pensais à mes antériorités corses, italiennes ou issues de Jacquou le Croquant à moins que ce ne soit parce que je me suis correctement intégré aux 45 % d'étrangers vrais.

Votre sujet pose beaucoup de questions et je ne suis pas persuadé que je vais pouvoir apporter beaucoup de réponses très précises là-dessus. J'ai un certain nombre de remarques à formuler et peut-être une vision différente de celle qui a été exposée jusqu'à maintenant, sur l'immigration, et des réponses que l'on pourrait ou que l'on devrait y apporter, si tant est qu'on ait des réponses pour tout, car je ne suis pas persuadé que ce soit un phénomène que l'on puisse réellement maîtriser, en tout cas, aujourd'hui.

Sur le problème de la citoyenneté et donc le droit de vote, je ne suis pas tout à fait d'accord.

Ce n'est pas un droit acquis, ce n'est pas pour moi une somme de non-droits, c'est beaucoup d'autres choses et, pour ma part, par rapport au problème des étrangers, des immigrés plus particulièrement, cela doit correspondre à un itinéraire. Je ne suis pas persuadé qu'on ait bien balisé l'itinéraire.

Je comprends parfaitement qu'ils aient besoin de s'exprimer et qu'ils aient besoin d'avoir un certain nombre de droits, notamment ceux qui veulent leur intégration, mais je ne vois pas pourquoi certains pourraient voter deux fois quand nous, nous sommes amenés à ne voter qu'une fois sur notre territoire.

Ce qui a été fait au niveau des Européens est très bien, de là à ouvrir sans accord particulier avec les pays concernés, cela me paraît extrêmement délicat. Tout dépend comment se pose le problème de l'égalité des droits, de qui par rapport à qui?

Je préfèrerais personnellement que l'on opte pour une facilitation plus grande de la naturalisation pour ceux qui la demandent. Qand je vois le parcours du combattant qui est requis pour beaucoup de ces personnes qui manifestement sont installées et souhaitent obtenir la nationalité française, je trouve qu'on exagère, et quand je vois le nombre d'enfants qui sont déjà Français alors que leurs parents ne le sont toujours pas, je ne trouve pas cela très valorisant et très intelligent de notre part.

D'autre part, tous les contacts que j'ai avec les communautés, car je partage assez l'opinion de Patrick BRAOUEZEC et de Kofi YAMGNANE sur les aspects communautaires, je ne suis pas hostile à l'aspect communautaire à condition que l'on travaille intelligemment avec. Il ne s'agit pas de laisser les gens s'enfermer dans leur communauté, il s'agit simplement de se dire que notre société par ses institutions ne répond pas, peu s'en faut, parfaitement au problème et que surtout, dans les quartiers que nous avons à gérer pour la plupart d'entre nous, la concentration de problèmes fait que d'ordinaire nos institutions qui ont été conçues dans leur modalité d'intervention il y a vingt, trente ou quarante ans, et qui interviennent toujours avec un temps de retard, fonctionnent assez parfaitement pour les secteurs et les populations qui n'ont pas trop de problèmes, mais dès qu'il y a concentration de problèmes, on observe très rapidement le dérapage institutionnel, et dans certains cas, la faillite de nos institutions.

S'il y a un déficit de citoyenneté, il est là, et c'est de la responsabilité des politiques et des décideurs de faire en sorte que les institutions aient réellement les moyens de fonctionner sur des territoires quelles que soient les populations et que je n'entende plus dans des réunions, comme je l'ai entendu il y a deux ans chez moi, un procureur me dire, alors que nous évoquions le problème: " La loi est faite pour des gens normaux dans des lieux normaux ", il avait parfaitement défini la zone de non-droit en quelques mots, je le remercie d'avoir eu un tel esprit de synthèse et une telle honnêteté finalement.

Ceci dit, c'est dramatique, et personnellement, chaque fois que j'ai des contacts avec les communautés qu'elles soient asiatiques, maghrébines, d'Afrique ou d'autres pays, je suis toujours tenté de favoriser leur association et de leur donner les moyens y compris du culte, car la religion fait partie des activités culturelles.

Les contacts que j'ai avec ces populations font apparaître beaucoup de demandes de leur part mais la nature de ces demandes porte sur la sécurité, sur un meilleur logement, un environnement amélioré, avoir des transports, avoir la possibilité d'ouvrir une école d'enfants, trouver un emploi, jamais ils ne me demandent le droit de vote, pas un seul me l'a demandé en dix-huit ans..., peut-être qu'ils n'osent pas le demander mais je n'ai jamais eu cette demande. Ils m'ont toujours demandé beaucoup de choses, et particulièrement les Maghrébins qui m'ont demandé un lieu de culte. Et ils m'ont demandé également si je pouvais envisager systématiquement de mettre à l'extérieur toute intervention des consulats de leur pays ainsi que toute association internationale... Ce que je fis. Donc, nous avons toujours travaillé ensemble.

J'ai toujours été sidéré de la façon dont on prenait le problème des étrangers sur notre territoire. Quand je suis arrivé en 1983, la première problématique à laquelle j'ai été confronté, c'était la fête du mouton. J'ai organisé moi-même l'abattage et manifestement, il était difficile de faire autrement. Mais il y a deux ans, il a été déterminé en France que l'on arrêtait l'abattage clandestin, il n'était pas clandestin puisque je l'avais autorisé, j'ai été condamné au Tribunal deux fois par Brigitte BARDOT, mais apparemment la communauté européenne menaçait la France de sanctions sévères si on continuait à maintenir les abattages en dehors de la loi, le problème c'est qu'il y a beaucoup d'étrangers dans les Yvelines et un seul abattoir qui est saturé ce jour-là. On a négocié et, à ma grande surprise, les communautés ont accepté d'arrêter l'abattage en rappelant effectivement la façon dont le Coran devait être interprété.

Je crois que c'est un exemple qui démontre, s'il y a une volonté politique clairement fixée, que l'on peut obtenir des résultats et se mettre d'accord sur la façon dont on veut rendre compatible une culture, un culte et les lois républicaines. Cela s'est passé d'une façon qui aurait pu être plus délicate à l'époque, mais quand on veut, on peut.

Sur l'immigration, sur nos besoins futurs, je ne les connais pas, on nous explique que l'on va manquer de main-d'œuvre, de certains types de main-d'œuvre, je ne voudrais pas qu'on se serve en main-d'œuvre dans les pays étrangers comme on se sert des matières premières, parce que si nous avons tant de dictatures à l'extérieur et autant de pressions migratoires, c'est que cela ne se passe pas bien à l'extérieur dans pas mal de pays, et que si tant de dictatures sont possibles, c'est qu'il y a très peu de classes moyennes et que je ne vois pas comment on va développer les classes moyennes, qui sont la base d'une démocratie durable si nous n'avons pas de développement économique.

Quand je vois les méthodes d'intervention de chaque pays occidental pour ne citer qu'eux, et notamment la communauté européenne sur les pays d'Afrique, par exemple, je suis quand même un peu choqué de la façon dont on prend les choses, je ne rentrerai pas dans le détail mais je pense que nous aurions intérêt, d'abord, en termes de quantité à faire un peu mieux, en termes de qualité à faire autrement et, pour terminer, je ne pense pas qu'en termes d'évaluation et de contrôle, ce que nous avons mis en oeuvre soit totalement suffisant.

Il me semblerait assez souhaitable qu'on aille y jeter un oeil. Ceci étant, on peut jeter l'anathème sur ce qui se passe dans l'Union européenne et dans d'autres pays, mais il ne faut pas oublier aussi que nous avons en nous-mêmes, dans la classe politique française, pas mal de péchés originels.

Je me rappelle un certain nombre d'affaires qui ont défrayé la chronique dans le passé qui concernaient les pays du Tiers monde et qui, par des manipulations financières soit disant pour les aider, n'auraient manifestement pas servi le pays concerné ni les populations concernées. Tant que ces pratiques subsisteront, nous ne serons pas crédibles et on aura du mal à donner des leçons de morale à ce que l'on voudrait condamner.

C'est un problème qui concerne l'ensemble des dirigeants de la classe politique, peut-être un peu du passé, mais pour certains ils sont encore présents. Vous m'excuserez d'être direct, mais je ne crois pas qu'on puisse régler le problème sans faire de vague.

J'ai connu, parce que mon père y a travaillé pour des raisons particulières avant et après l'indépendance, l'Algérie, car pour des raisons de santé j'ai été obligé de retourner près de la Méditerranée; j'ai assisté à ce qu'était l'organisme de coopération industrielle qui a été présidé par de nombreux Français. Il y aurait eu beaucoup à dire, mais au moins, on avait mis les moyens, et il me semble que l'on contrôlait un tant soit peu ce que l'on faisait et on ne se contentait pas d'étiqueter les gens et les richesses de ce pays, on essayait d'aller de l'avant avec eux.

Ce n'était pas évident compte tenu du problème de l'indépendance, mais il me semble qu'on avait réellement des outils qui pouvaient arriver à des résultats.

Je suis très surpris, alors qu'on a autant de diplômés qui, semblerait-il, chercheraient du travail, que nous ne soyons pas à même de donner les moyens de développer davantage ce type de coopération, avec une qualité et des moyens supplémentaires.

Sur le problème de l'immigration en tant que telle, je crois que si nous n'arrivons pas à maîtriser grand chose, au-delà du fait que les transports ont été facilités, et que l'on peut passer très rapidement d'un pays à l'autre par avion, autour du territoire de Schengen, on peut passer par la mer ou à pied, rien n'est imperméable, je crois qu'il y a déjà un certain nombre de filtres qui, si on voulait bien les mettre en place, nous permettraient peut-être d'obtenir un autre résultat.

Vous dites "les politiques d'immigration", mais de quoi parlez-vous?

Je ne connais pas de politique d'immigration en France aujourd'hui. A ma connaissance, depuis quelques années, on est censé ne plus en avoir, mais en réalité, ce qui se passe, c'est que, en ayant fermé la porte, les gens entrent par la fenêtre et par la cheminée, et on ne contrôle pas et une fois qu'ils sont dans la maison, on ne sait plus très bien comment on peut les faire sortir.

Vous voudriez bien changer la loi Chevènement, moi aussi, je la changerai bien mais peut-être pas pour les mêmes raisons.

Ce qui peut provoquer des effets pervers, je ne veux pas jeter l'anathème sur l'ensemble des personnes qui viennent sur notre territoire, je n'ai pas à les juger, c'est humain par rapport à ce qu'ils vivent à l'étranger, on peut tout à fait comprendre qu'ils aient envie de rester ici, même si les conditions de vie sont relativement difficiles.

La loi Chevènement nous a retiré la possibilité de maîtriser les certificats d'hébergement. On a pensé que les préfets étaient plus qualifiés et plus objectifs que nous, ce que je peux comprendre car beaucoup de maires ne jouaient pas le jeu, d'un autre côté on n'a pas donné les moyens de contrôler.

Depuis plusieurs mois, j'observe une augmentation très forte du nombre de certificats d'hébergement, et comme on ne s'est toujours pas donné les moyens de vérifier que les gens partent, nous avons une filière actuellement qui rapporte pas mal d'argent, et vous savez que dès qu'un système peut rapporter de l'argent, il y a des systèmes mafieux qui se précipitent dessus, et donc il y a des organisations qui manifestement font rentrer les gens régulièrement sur le territoire par le biais des certificats d'hébergement, mais le soi-disant touriste ne repart pas obligatoirement.

Si, il y a dix ans, quand nous contrôlions un tant soit peu les choses, en tout cas sur ma commune, on peut considérer que 99 % des gens repartaient dans les trois mois, je ne suis pas persuadé que cela soit le même taux actuellement, mais nous n'avons aucun moyen de contrôle.

Personnellement, je pense que le fait d'héberger quelqu'un qui vient de l'étranger en tourisme pour trois mois nécessiterait pour le moins que l'on mette autour de l'espace Schengen un minimum de contrôle informatique avec un avis de recherche si, dans les trois mois, la personne n'a pas repassé la frontière dans l'autre sens. Je sais que cela pose des problèmes vis-à-vis de la loi informatique et liberté, mais il faut savoir ce que l'on veut.

Je comprends très bien qu'il y ait des discours généreux sur l'immigration, sur le fait qu'il ne faut pas passer son temps à considérer que les uns ou les autres sont coupables de vouloir frauder mais il faut se mettre à la place de ceux qui viennent sur le territoire et qui ont envie de rester, et je peux les comprendre, mais est-ce que je suis là en tant que maire et en tant que représentant de la République pour faciliter ces choses-là, ou est-ce que je suis là au contraire pour faire respecter un tant soit peu la loi?

Par exemple, sur le logement, les conditions d'accueil chez moi ne sont pas obligatoirement les plus favorables, et quand on explique, notamment avec la solidarité urbaine, la loi SRU et autres lois, qu'il faut déconcentrer les problèmes, qu'il faut arrêter les ghettos, je veux bien, mais où y a-t-il des appartements vacants ?

De quoi souffrons-nous dans nos quartiers? On souffre d'une concentration de familles nombreuses, une concentration de familles étrangères. Il est bien évident que si, par ce biais, les flux s'installent, nous risquons, plus que d'autres, d'avoir des problèmes Je ne vois pas très bien comment en tolérant cela, on peut dire que la France est généreuse et assume clairement sa mission dans le monde en tant que terre d'accueil, parce que jouer la terre d'accueil quand on sait que ce sont toujours aux mêmes endroits que les gens arrivent, avec des conditions de réussite pour les enfants, des conditions de sécurité pour les gens, des conditions sociales qui sont peu satisfaisantes, je trouve que là, on est quand même assez hypocrite.

Je me refuse toujours à considérer que la concentration d'étrangers est un problème qui ferait qu'on aurait beaucoup plus de problèmes que les autres, je connais des villes comme Le Vésinet qui a 20 % d'immigrés et qui manifestement n'a pas de problèmes particuliers, mais les catégories sociales ne sont pas les mêmes.

Je crois personnellement que nous pourrions très bien faire face aux problématiques communautaires, aux problématiques liées aux difficultés à parler la langue française, à rentrer dans le cadre de la loi si, réellement, nous demandions à nos institutions, nous leur donnions clairement la mission de bien vouloir s'adapter et adapter leur méthode d'intervention au territoire et aux populations.

Mais aujourd'hui, si vous regardez comment fonctionnent nos institutions, c'est plutôt le contraire, on demande aux populations de bien vouloir s'adapter aux modes de fonctionnement des institutions, donc, cela ne peut pas fonctionner.

La citoyenneté commence là et ce n'est pas que pour les étrangers en situation régulière ou pas, c'est aussi pour des gens de nationalité française qui sont dans des quartiers et dans des situations où manifestement ils n'ont pas tous leurs droits alors que la République leur garantit normalement les mêmes moyens, mais est-ce que le fait d'enseigner la même façon sur tous les territoires ou sur tout ce qui fait partie du territoire français est une politique égalitaire ou est-ce une politique égalitariste? Finalement, pour ma part, je pense que c'est égalitariste.

Je serais beaucoup plus restrictif sur un certain nombre d'éléments qui concernent effectivement certaines exagérations que l'on peut observer, car si on veut calmer le débat en France, si on veut arrêter cette montée des tensions, limiter l'exacerbation, il me paraîtrait très intéressant que l'on soit très ferme sur le problème des certificats d'hébergement, des mariages blancs et de la polygamie. Sur ces quatre aspects au moins, peut-être aura-t-on moins d'excès et moins de tension.

Concernant les certificats d'hébergement, il ne s'agit pas de les supprimer, il s'agit de préciser les conditions dans lesquelles quelqu'un sur le territoire français peut héberger une personnalité qui vient de l'étranger théoriquement pour trois mois, et de se donner les moyens que cela soit bien pour cela que le certificat a été accordé.

Pour ce qui est du mariage blanc, je suis désolé, quand je vois les jugements, je suis outré, j'ai un conseiller municipal français, d'origine marocaine, qui s'est marié depuis 8 mois au Maroc, qui a fait toutes les formalités à l'Ambassade et au Consulat, qui est parfaitement en règle et qui attend toujours sa femme. Pendant ce temps, une personne en situation irrégulière que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam, a pu se marier chez moi malgré son statut, le fait que son mari ne connaissait toujours pas son nom de famille après un an soi-disant de vie commune, par simple décision du Tribunal. J'aimerais qu'on me dise ce que je peux dire à mon conseiller municipal et aux autres, et comment cet exemple qui a été repris dans la presse ne va pas donner des idées à d'autres personnes, entrées en France illégalement.

Faire venir des étrangers avec des certificats d'hébergement, cela rapporte de l'argent mais mariage blanc aussi. Je suis personnellement choqué, je ne veux pas mettre en cause le mariage, mais il me paraît avoir un but précis, et quand il est démontré que ce n'est pas le cas, il me semble quand même qu'il faudrait peut-être que les magistrats ne détournent pas eux-mêmes la loi. C'est mon opinion, on a le droit d'avoir un avis différent.

Quant à la polygamie, il paraît qu'elle est interdite en France, je veux bien. C'est vrai qu'au niveau Maghreb, je n'ai plus de problème particulier de polygamie, dans l'ensemble je constate une intégration assez nette des populations maghrébines, sur mon territoire en tout cas, il se trouve que les choses évoluent plutôt bien par rapport à d'autres populations. On parlait des Maliens tout à l'heure, j'avoue que j'ai quelques populations maliennes récemment arrivées dont les enfants me paraissent avoir une violence inquiétante et quand j'essaie d'analyser le pourquoi, parce que je trouvais les comportements assez différents de ceux que j'avais observés jusqu'à présent de la part d'un certain nombre de jeunes. Je me suis rendu compte qu'il s'agissait, pour beaucoup, de familles polygames, et j'avoue qu'effectivement, le fait d'avoir deux ou trois épouses avec deux ou trois fratries dans un F4 ou un F5 avec une épouse qui est plus favorisée que les autres, et donc des fratries qui sont plus favorisées que d'autres, des fratries qui ont tous les droits et les autres qui n'en ont pas, cela pose des problèmes, et là-dessus, puisque c'est illégal, pourquoi cela serait-il toléré pour les uns et interdit pour les Français?

Voilà le type des problèmes auxquels on est quotidiennement confronté. Je crois personnellement qu'il serait souhaitable qu'on ait des positions claires là-dessus en évitant d'avoir des positions beaucoup trop strictes. Il n'est pas question de sanctionner notamment les femmes et les enfants, mais il faut se dire que certains modes de vie peuvent générer en France, et plus particulièrement dans les cités HLM, des violences ou des comportements qui ne sont pas très compatibles avec les lois et les institutions. Expliquer cela aux uns et autres n'est pas toujours évident.

Tant qu'on n'aura pas réglé cela, on n'arrivera pas à faire avancer les choses, et à faire accepter aux Français, sans créer des tensions supplémentaires, que l'immigration est une chance pour l'avenir à condition de bien la maîtriser, tant qu'on n'aura pas su démontrer que les conditions d'accueil dans lesquelles on fait venir ces personnes-là sont acceptables, tant qu'on n'aura pas démontré qu'on est capable de maîtriser le flux migratoire parce que, moi, France terre d'accueil, quand j'écoute certains de mes collègues, dont je comprends l'humanisme, je pense qu'il y a quelques centaines de millions de personnes en Chine ou en Inde ou dans d'autres pays qui ont des conditions de vie tout à fait déplorables et qui auraient bien envie de venir sur le territoire français.

S'il n'y a pas un minimum de maîtrise, je ne vois pas très bien comment on va faire pour faire face à ces pressions migratoires. J'ai volontairement eu un discours un peu provocateur mais je crois personnellement qu'on ne peut pas laisser le flux migratoire être le résultat d'une simple loterie : l'un a eu de la chance et il ne s'est pas fait prendre, donc il pourra rester un certain temps... et l'autre, pas de chance, il s'en va...

Est-ce ainsi que l'on doit traiter les flux migratoires par rapport à la migration clandestine? N'a-t-on pas plutôt intérêt à afficher une politique migratoire clairement déterminée qui prenne en compte les besoins, nos besoins sur le plan économique à terme, en termes de main-d'œuvre, mais qui prenne aussi en compte le fait que si on veut que cela cesse, il va bien falloir qu'on s'ouvre sur l'extérieur mais en participant au développement économique et social de ces pays et donc à leur développement démocratique ; sans démocratie dans ces pays, nous aurons toujours des problèmes chez nous.

On ne débattra pas des problèmes de la bi-nationalité aujourd'hui peut-être... J'ai bien entendu qu'il faudrait une politique d'immigration réaliste, pragmatique, mais je n'en ai pas vu les effets depuis bien longtemps. Ce n'est pas parce que je cite un certain nombre de cas particuliers qu'il faut généraliser, avec la majorité de ma population d'origine étrangère je n'ai pas de problème particulier de comportement, mais il y a un certain nombre de choses qui effectivement posent problème, leur posent problème d'ailleurs.

Je pense qu'il faudrait être très clair sur le problème de l'immigration clandestine, est-ce un flux que l'on essaie de maîtriser ou pas? Vous avez demandé ce que nous faisons chez nous, dans nos communes et quel est le rapport entre la politique de la ville et la politique d'intégration.

J'ai toujours dit que je ne savais pas trop ce que voulait dire intégration, il y a des droits, des devoirs et il y a des lois, et il me paraît que si nous arrivions à faire en sorte que les choses fonctionnent bien de par nos institutions, on aurait beaucoup moins de problèmes, et c'est vrai qu'est intimement lié dans nos quartiers, sans le faire exprès, le Quart monde français, et une partie de la population étrangère qui n'est pas particulièrement aisée, et il arrive qu'on observe des comportements qui sont similaires.

Le soutien scolaire, j'essaie d'intervenir dans tous les domaines, il n'empêche que malgré toutes nos interventions, dans de nombreux quartiers, nous avons en France un tiers des enfants qui arrivent en 6tme sans maîtriser les trois fondamentaux: l'écriture, le calcul, la lecture, et j'estime que n'importe quel enfant qui arrive en 6èmC dans ces conditions ... Cela l'est un peu moins, et quand je parle de ma commune, je n'aborde pas le problème en termes de populations d'origine étrangère ou de population française, j'aborde le problème de l'échec scolaire et de l'institution Education nationale dont j'estime, et je m'en suis expliqué avec eux à plusieurs reprises, qu'elle n'a pas les moyens adéquats sur les problématiques auxquelles sont confrontées nos populations, et les acteurs de terrain qui sont les enseignants.

On ne va pas épiloguer là-dessus. Je suis d'accord pour une politique de la ville. DUBEDOUT disait "à situation inégalitaire, réponse inégalitaire ".

On met des moyens supplémentaire mais la politique de la ville ne revêt pas un caractère expérimental, on détecte les problèmes avec les acteurs du territoire pour voir comment on peut réaliser une politique territoriale adaptée aux populations. On met des moyens en face pour compenser les carences, mais une fois qu'on a fait cela, cela ne devrait pas perdurer, ce n'est pas à la commune d'aller compléter, d'aller essayer de lutter contre les décisions du système Education nationale, il y a un moment où c'est l'Education nationale elle-même qui doit prendre en charge la solution et se donner les moyens, ce qu'elle ne fait pas, je suis désolé, on abandonne les acteurs sur le territoire et, vous, les maires, puisque vous avez de l'argent... financez...

Que fait l'Education nationale dans ce domaine? En plus, maintenant, si les parents ne sont pas d'accord, le redoublement en primaire n'est pas possible, on bascule en 6e x gamins qui n'ont pas les moyens de comprendre ce que raconte le professeur au tableau, et après, on se demande pourquoi il y a de la violence dans les collèges...

Mettez 200 enfants dans une salle de cinéma, vous leur promettez un bon film intéressant et vous leur projetez le " Cuirassier Potemkine" en version originale... Vous allez voir le résultat... Vous ne reconnaîtrez pas la salle de cinéma au bout d'un quart d'heure,..

C'est ce qui se passe dans les collèges, il y a la moitié de la classe qui ne comprend pas ce que raconte le professeur au tableau. Le problème, en 6e c' est que les enfants ne sont pas préparés et les enseignants non plus.

On a beaucoup de missionnaires dans nos quartiers, allez les interviewer, certains sont en grève, ils n'ont pas inventé les problèmes. Je considère quant à moi que l'institution Education nationale ne met pas les moyens, la politique de la ville est là pour expérimenter, jouer un rôle de pionnier mais à un moment donné, il faut que l'institution s'adapte, ce qu'elle ne fait pas.

Dans le domaine de la justice, c'est pareil, c'est à la justice d'adapter ses procédures, ce n'est pas obligatoirement aux administrés de s'adapter aux procédures du Parquet.

Social : ce n'est pas la décentralisation qu'on a faite au social aux Conseils généraux qui a amélioré forcément le mode de fonctionnement des interventions sociales, notamment l'aide sociale à l'enfance.

Fait-on vraiment de la prévention? On sait que dans les milieux d'origine étrangère ce serait encore plus utile que dans les milieux classiques. Non, on ne la fait pas puisqu'on n'est pas dans les familles. Enquêtez dans les quartiers difficiles, et vous verrez que la première ligne de prévention, celle qui est censée détecter, celle qui est censée signaler, celle qui est censée agir, la première ligne n'est plus là, et on est en train de faire tout un bruit sur un pays qui ferait beaucoup de prévention, la France... Et si aujourd'hui, il y a un tel débat sur l'aspect délinquance et la violence, c'est parce que justement on a complètement raté la prévention en croyant qu'on pouvait s'appuyer dessus, mais en réalité, elle n'est plus là.

La politique de la ville, j'y suis favorable à condition qu'elle soit l'aiguillon qui permette aux institutions de s'adapter et qu'à un moment donné, puisqu'on parle de politique territoriale, et je pense qu'il n'y a qu'ainsi qu'on s'en sortira, ce n'est pas d'en haut qu'elle devra sortir, c'est nous qui voyons les problèmes en bas et qui les vivons, avec nos nuances peut-être, mais je suis persuadé qu'il ne peut pas y avoir une structure qui fonctionne sans procédure, sans cohérence et sans coordination.

Or, les territoires que sont les communes aujourd'hui n'ont pas de cohérence parce qu'i n'y a pas de coordination, il n'y a pas de chef d'orchestre et tant que le maire n'aura pas en face de lui des interlocuteurs qui, de par une vraie déconcentration, seront réellement responsables, le maire n'aura en face de lui que des irresponsables qui n'ont pas le pouvoir nécessaire pour adapter les modes de fonctionnement institutionnels.., et les gens n'y trouveront pas leur compte.. parce qu'on aura une politique qui sera égalitariste et non pas égalitaire.

Donc je réclame pour les maires, afin de mieux faire face aux problématiques, un pouvoir de coordination, un devoir de mise au point des procédures, et donc la capacité pour la commune à avoir un travail en réseau de tous ces éléments.